Date de publication
28 octobre 2022
modifié le 6 janvier 2023

« Avoir deux métiers, c’est bon pour la tête »

Rennes 2 part à la rencontre de ses ancien·ne·s étudiant·e·s. Diplômé du master Statistique appliquée, spécialité Entreprise, Benoît Kerdoncuff est aujourd’hui un statisticien épanoui traitant de données démographiques de santé.

 

« J’ai toujours aimé les chiffres. » Enfant, Benoît Kerdoncuff était le joueur qui comptait les points. À 34 ans, il se décrit toujours comme « assez rigoureux » : « C’est mieux pour être statisticien ! » Pourtant, le jeune Breton ne savait pas quelle voie prendre après le bac. Il entre en licence Mathématiques et informatique appliquées aux sciences humaines et sociales (MIASHS) sur les conseils de son père : « En plus des maths, il y avait aussi au programme de la comptabilité, de la sociologie, de l’économie, des sciences politiques… Pas mal de matières utiles, qui donnent un bagage. On était une petite promo, une cinquantaine maximum, se souvient-il. C’est idéal pour apprendre. »

Benoît s’est donc formé au métier de chargé d’études statistiques, ou data analyste. « Il s’agit de faire de la collecte de données, de faire des requêtes sur des bases de données et/ou de résumer des jeux de données volumineux, de les rendre parlants pour tou·te·s. » Ses compétences en mathématiques lui permettent de rendre compte d’une réalité, tandis que ses connaissances en sciences humaines et sociales lui servent à nuancer les chiffres.

La passion des cartes

Après sa licence, Benoît a poursuivi en master Statistique appliquée, spécialité Entreprise, pour passer de la théorie à la pratique à travers un stage long. Tandis que la plupart de ses camarades ont passé 6 mois dans des banques, des assurances ou des laboratoires, il a réalisé des études démographiques au conseil départemental des Côtes d’Armor : « La démographie, c’était le cours que je préférais et c’est vraiment le travail qui me correspond. J’aime bien travailler sur des données en lien avec le territoire et la géographie, produire des cartes. »

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Portrait de Benoît Kerdoncuff
Légende

Benoît Kerdoncuff de retour sur le campus Villejean de l'Université Rennes 2.

Diplômé en 2010, il a « trouvé du travail très très vite » : « Des offres d’emploi, il y en avait et il y en a toujours beaucoup. » Benoît est engagé à la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de Saint-Brieuc, où il exerce encore aujourd’hui. « Mon travail, c’est de produire des aides à la décision, qui pourront servir ensuite à mettre en place des actions ou à les poursuivre », résume-t-il. Il mesure par exemple les effets de certains programmes de prévention tels que la prise en charge de l’examen bucco-dentaire pour les enfants de 3, 6 et 9 ans, ou encore celle de la mammographie dans le cadre du dépistage du cancer du sein pour les femmes entre 50 et 74 ans.

« J’étudie aussi l'évolution des dépenses de santé. Par exemple, le recours aux antibiotiques, qui coûtent très chers. Ensuite mes collègues peuvent accompagner les professionnel·le·s de santé, les sensibiliser sur la question. » Soumis au secret professionnel, Benoît a affaire à des données et à des sujets sensibles, comme la question des déserts médicaux. « La situation dans notre département, qui est un territoire rural, est catastrophique concernant les médecins traitants. C’est une partie importante de mon travail aujourd’hui : faire des études et des cartes avec le nombre de médecins, leur âge (beaucoup sont proches de la retraite), les publics concernés - à risques, précaires, etc. Ces documents servent ensuite aux élu·e·s pour agir, moi je ne fais que poser les problèmes. »

Son expertise lui confère une grande autonomie : « Je travaille surtout seul, c’est assez confortable. » Au quotidien, il utilise le logiciel de statistiques R sur lequel il a été formé à Rennes 2 : « C’est important de bien assimiler la programmation, car tout se fait sur informatique - je dis ça alors que je n’aimais pas ça et que je n’étais pas très bon ! » Et pour « se vider la tête », Benoît court. « Je travaille derrière un écran, je n’ai pas un métier dans lequel je bouge donc c’est important de faire du sport à côté ! »

« On vit bien en étant statisticien »

Il y a quatre ans, Benoît a eu une autre opportunité pour « sortir de son écran » : il est devenu professeur vacataire en parallèle de son poste. « Je donne des cours de statistiques à des première et deuxième année de licence Économie/Gestion, c’est très complémentaire de mon travail, et agréable de se replonger dans ce j’ai appris. » Il a d’ailleurs retrouvé un de ses anciens enseignants de Rennes 2, Nicolas Jégou qui l’a aidé à construire ses cours : « Il m’a donné des billes et c’était bien utile, parce que ce n’est pas mon métier à la base ! Mais ça m’a fait tellement bizarre de le tutoyer au début… »

En somme, l’enseignement est une « bonne expérience » qui a permis à ce timide de « prendre confiance » en lui… jusqu’à envisager une totale reconversion ? « Ha non, je ne me verrais pas faire tout autre chose. On vit bien en étant statisticien. Et avoir deux métiers c’est bon pour la tête, c’est comme ça que je me sens bien. » Le pro du calcul a trouvé son équilibre.

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