En 2025, vous êtes arrivé à la moitié de votre mandat de président de l’Université Rennes 2. Quel regard portez-vous sur l’année écoulée ?
Vincent Gouëset. 2025 a été une année intense. Les menaces qui ont pesé et pèsent encore sur notre budget, comme sur celui des autres universités françaises, ont été un vif sujet de préoccupation et de mobilisation. Malgré ce contexte défavorable, nous avons réussi à mener à bien la plupart des projets qui nous tenaient à cœur grâce au fort engagement de la communauté universitaire. Je pense notamment au lancement de l’Alliance d’universités européennes EMERGE organisé à Limerick en juin, suivi en octobre d’une semaine d’accueil des personnels représentant les neuf établissements partenaires, organisée sur le campus Villejean de l’Université Rennes 2. Pendant cinq jours, les personnels des établissements membres de l’Alliance ont échangé sur leurs pratiques et travaillé ensemble pour renforcer nos institutions et leur rayonnement à l’international. Ces deux temps forts ont montré le dynamisme de notre alliance et notre envie commune d’œuvrer pour le plurilinguisme et l’inclusion sociale. Cette aventure collective n’aurait pas eu lieu sans le soutien essentiel de Rennes Métropole, la Ville de Rennes et l’Agence nationale de la recherche, que je tiens à remercier chaleureusement. En recherche, nous nous félicitons tout particulièrement du lancement officiel du projet HERMES qui a eu lieu les 21 et 22 octobre à l’Université Sorbonne Nouvelle à Paris. Ce consortium, au sein duquel l’Université Rennes 2 joue un rôle central, fédère des recherches de pointe sur les formes émergentes de patrimoine à l’ère des transformations numériques, environnementales et sociétales. Onze de nos équipes de recherche sont mobilisées dans une dynamique pluridisciplinaire pour questionner les processus de patrimonialisation, éclairer les politiques publiques et apporter des réponses concrètes aux attentes des citoyens, des citoyennes et des institutions. L’expertise rennaise en humanités numériques et en recherche participative constitue un atout majeur, illustrant la capacité de l’université à innover et à répondre aux défis culturels et sociétaux.
La question des transitions est au cœur des valeurs de l’Université Rennes 2. Comment vous en êtes-vous saisi ?
V. G. C’est un vaste sujet qui nous concerne toutes et tous et nous devons, chacun à notre échelle, œuvrer pour lui donner du sens. Nous nous sommes dotés pour la période 2025-2030 d’un schéma de planification et d’orientation des transitions (SPOT). En tant qu’établissement d’enseignement supérieur et de recherche, nous avons une responsabilité particulière pour faire de notre organisation une structure exemplaire en matière d’engagement dans la lutte contre le dérèglement climatique, dans la préservation de la biodiversité, ainsi que dans la prise en compte des enjeux d’égalité et d’inclusivité. Cet outil va nous permettre de définir des stratégies pour atténuer nos émissions de gaz à effet de serre et pour nous adapter face aux effets du changement climatique, déjà perceptibles sur le territoire breton. En ce qui concerne la lutte contre les inégalités et les discriminations, nous avons adopté un plan d’action ambitieux pour la période 2025-2028, afin de combattre les inégalités structurelles et systémiques qui persistent dans les parcours académiques, les carrières professionnelles et les conditions de travail. Il ne s’agit pas seulement d’agir sur les contingents de recrutement, mais aussi de transformer les usages et les mentalités encore profondément façonnées par le patriarcat. Nous avons par exemple organisé pour nos étudiantes et étudiants un cycle de sensibilisation et d’initiation à l’autodéfense dans le cadre de la lutte contre les violences sexistes et sexuelles et pour nos personnels, un temps de formation sur les discriminations dans le milieu du travail. Cet enjeu d’éveil des consciences à l’égalité guidera nos actions dans les années à venir.
L’Université Rennes 2 s’est particulièrement distinguée en 2025 dans ses actions de médiation scientifique. Est-ce une mission qui vous semble prioritaire ?
V. G. En effet ! Nous avons eu la fierté cette année d’avoir pour la première fois une doctorante de l’Université Rennes 2 sélectionnée pour représenter la Bretagne lors de la finale nationale du concours Ma thèse en 180 secondes organisée à Paris le 17 juin. Mélanie Coquelin effectue ses recherches au Laboratoire de Psychologie : Cognition, Comportement, Communication (LP3C) : elle a concouru brillamment et je ne peux que souhaiter qu’elle fasse des émules au sein de nos doctorants et doctorantes. Cette expérience a montré que les sciences humaines et sociales ont toute leur place dans ce concours de vulgarisation des travaux de recherche auprès du grand public. Un autre temps fort a été l’organisation le 20 mai de la journée “Recherche en Société : chercheuses, chercheurs, citoyennes et citoyens co-construisent les savoirs” qui a rassemblé 173 participantes et participants dont 123 personnes issues du monde académique et 50 de la société civile ou d’institutions partenaires. Les ateliers collaboratifs organisés à cette occasion ont été très riches et ont encore renforcé notre volonté de faciliter l’appropriation des connaissances par la société civile et son implication dans la construction des savoirs : c’est pour nous une priorité stratégique de faciliter les ponts entre arts, sciences, culture et territoire. Enfin, je n’oublie pas Sylvain Delouvée, maître de conférences en psychologie sociale, qui a été distingué par le CNRS et France Universités avec le prix diffusion des connaissances pour sa participation à l’émission de France Télévisions « Sommes-nous tous racistes ? », que je félicite et dont je salue l’engagement pour la médiation scientifique.