La carte scolaire est un instrument de répartition territoriale des élèves dans le secondaire. Elle fait l'objet de controverses régulières. Pour certains, elle ne fait que renforcer les inégalités sociales et la ségrégation spatiale tandis que d'autres y voient un levier pour favoriser la mixité social. Ce travail d’Alexandra Filhon, professeur de sociologie à l’université Rennes 2, propose de revenir sur les évolutions récentes de cette carte scolaire des collèges à Rennes, en envisageant notamment les effets de ces évolutions sur la mixité au sein de ces collèges.
Ce travail montre ainsi que ces changements de carte scolaire sans mesures d’accompagnement structurelles aux difficultés rencontrées par les collégiens de certains collèges ne peuvent répondre aux enjeux de mixité. Ainsi les familles les mieux dotées en capital socio-culturel trouvent souvent les failles pour contourner ou utiliser la carte scolaire à leur avantage, ce que les familles les moins dotées en capital socio-culturel peuvent moins faire, par méconnaissance ou par volonté de privilégier la proximité.
Bonjour à toutes et à tous.
Aujourd'hui, nous allons évoquer la question de la carte scolaire sur la commune de Rennes.
Dans quel collège sera affecté mon enfant ? Et bien cette affectation dépend du lieu de résidence du futur collégien ou collégienne. La collectivité territoriale ici le conseil général d'Ille et Vilaine le département découpant le territoire rennais en zone d'affectation. C'est ce qu'on appelle la carte scolaire. Cette carte scolaire vise à l'origine à répartir au mieux spatialement la population mais devient de plus en plus un enjeu de mixité sociale. Alexandra Fillon, professeur de sociologie à l'université Rennes 2, s'est penché sur cette carte scolaire rénise.
Elle part du constat qu'aujourd'hui l'école participe à la reproduction des inégalités sociales entre les familles. Ces inégalités prennent forme en fonction des ressources économiques et culturelles, mais aussi à partir des lieux de vie de ces familles. Ces différentes dimensions étant souvent mêlé. Dans ce contexte, une refonte de la carte scolaire a été mise en place lors de la rentrée de septembre 2024. Cette refonte a plusieurs objectifs.
Tout d'abord, elle vise à réduire les inégalités entre les collèges accueillant des enfants issus de milieux favorisés plutôt situés dans le centre-ville, le collège des Ormeaux, le collège Échange, le collège Anne- de Bretagne par exemple et les collèges accueillant des élèves moins favorisés de quartiers périphériques. Les Hautes Ourmes ou Rosa Parks par exemple, souvent classé en réseau d'éducation prioritaire, REP ou Replus.
À Rennes, seul le collège des hautes est classé rep. La mixité sociale au sein des établissements scolaires est calculé à partir de l'indice de position sociale, l'IPS. Cette IPS prend en compte les ressources économiques et culturelles de la famille. Plus cet IPS est faible, plus on retrouve une majorité de populations défavorisées au sein des familles et plus l'IPS est élevé et plus on retrouve une majorité de populations aisées au sein des familles. Cette IPS constitue ici la légende de cette carte. Plus l'IPS est élevé, plus l'établissement apparaît en vert et plus il est bas, plus il apparaît en rouge. Pour Renn, l'étude de ces IPS révèle de fortes disparités. des disparités entre établissements publics. D'une part, au sein de ces collèges publics Renai, l'IPS moyen est de 103, mais l'écart est très important entre un IPS inférieur de 73 et un IPS supérieur de 133.
D'autre part, les disparités sont aussi très fortes entre le public et le privé avec un IPS moyen dans les collèges privés de 131 contre 103 dans le public et des écarts qui sont beaucoup plus resserrés entre collège privé. Ces chiffres témoignent clairement à l'échelle rénèise du rôle du privé dans la ségrégation sociale des élèves dans la mesure où les parents qui en non on les moyens vont pouvoir choisir et privilégier certains collèges privés.
L'objectif de la refonte de la carte scolaire est à la fois d'éviter autant que possible les phénomènes de contournement de la carte scolaire par des familles dotées en ressources économiques et sociales tout en encourageant la mobilité géographique des enfants encrés dans des quartiers des résidences parfois défavorisés. la précédente refonte de la carte scolaire des collèges en 2018 et les modifications qu'elle intégrait permettent de donner à réfléchir sur les stratégies des familles et peut servir de leçons pour l'avenir. Dans la réforme de 2018, il avait été instauré un secteur multicollège entre le secteur de Villjean et le collège de Rosa Parks qui est un quartier de grands ensembles avec l'IPS le plus bas de Rennes et les collèges Anne- de Bretagne et Zola du centre-ville où on retrouve des profils sociaux plus aisés.
Ce secteur multicolège impliquait qu'au sein de cette zone, les familles pouvaient librement faire le choix du collège d'inscription de leurs enfants. Or, cette expérimentation a montré des limites car la mesure a eu pour principal effet de faire partir les familles les mieux dotées socialement du secteur de Ville-Jean vers le centre-ville. les familles de milieu populaire privilégiant elles la proximité géographique. Et finalement, l'IPS du collège Rosa Parks a encore baissé témoignant de l'échec de cette carte scolaire de 2018. L'objectif de la nouvelle carte de 2024 est d'anticiper la suppression du collège Rosa Parks à l'horizon 2029 pour déplacer le collège à Beau regard, quartier dont la population est plus mixte et éviter ainsi de conserver ce collège fortement ségrégué. Ce graphique illustre la forte inertie de ces trajectoires entre l'école primaire et le collège, notamment pour ceux qui concernent les écoles avec des IPS faibles au sein desquels très peu d'élèves se dirigent vers des collèges à l'IPS fort. à l'exception de rares exemples permis par la resectorisation de 2018 où des élèves de Rosa Parks, souvent issus de famille plus aisées du secteur faisaiit le choix du collège Anne- de Bretagne ou du collège Zola en centre-ville.
Les rares cas de trajectoire inverse d'école à l'IPS fort vers un collège à l'IPS faible voire très faible sont des exemples du nord de Rennes où des élèves des écoles de la Bélangerais et Camille Claudel sont dirigés vers le collège Clotilde Vautier à l'IPS faible. Mais les exceptions sont donc plutôt rares. Cette expérience illustre bien les limites de l'autorégulation. Alors que les familles les plus favorisées privilégient des collèges réputés et anticipent certaines options pour détourner la carte scolaire LV2, option internationale et cetera. Les familles les plus modestes privilégient le lien au quartier à la fois pour des raisons pratiques de coût mais aussi en raison d'une violence symbolique forte liée à la mixité sociale. Cela signifie que quitter son quartier et fréquenter des enfants d'autres horizons sociaux ne se fait pas sans heure ni dénigrement possible.
Finalement, on peut donc constater que la seule modification de la carte scolaire décidée à l'échelle locale n'est pas un levier assez fort pour réduire les inégalités entre élèves à l'échelle de Rennes. L'incitation pour un investissement sur le temps long des équipes enseignantes et éducatives dans les établissements les moins favorisés ainsi que la mise en place d'un soutien plus important aux familles et aux élèves au sein même de ces quartiers sont aujourd'hui indispensables. Or, il s'agit ici de mesures nationales expérimentées dans les REP et qui sont de forts leviers d'accompagnement à la lutte contre les inégalité scolaire. Ne devrait-elle pas être développé plus largement aujourd'hui et surtout être pérénisé ? Ce qui ne semble pas aller dans le sens de la suppression des reps proposées par certains politiques aujourd'hui. On voit donc là tout l'enjeu de la nécessaire articulation des échelles de décision quand on parle d'éducation. Merci pour votre écoute.
N'hésitez pas à suivre les actualités de l'Atlas de la métropole Rennaise dont le lien est disponible en description sur dessous et à bientôt.