L’Université Rennes 2, c’est bien plus qu’un lieu d’études. Dans chaque épisode de Plus qu’une fac, un ou une étudiante de Rennes 2 se confie sur ses choix, ses rencontres, ses peurs, ses envies… Sur ce moment de vie crucial où l’on commence à devenir soi-même. Formation, logement, engagement associatif et politique, etc. sont autant de thèmes abordés par le prisme de l’intime.
Dans cet épisode, c’est de nouveau Élodie qui se raconte. Si vous ne la connaissez pas encore, vous pouvez écouter la première partie de son témoignage sur ses études en détention, dans l'épisode précédent. Après 4 années incarcérée, elle est arrivée pour la première fois sur un campus universitaire à Villejean, où son master, puis son doctorat lui ont permis de doucement se reconstruire. C’est une histoire de liberté retrouvée, dans Plus qu’une fac.
Musique du générique
Voix off : Dans cet épisode, c’est de nouveau Élodie qui se raconte. Si vous ne la connaissez pas encore, vous pouvez écouter la première partie de son témoignage sur ses études en détention, dans l'épisode précédent. Après 4 années incarcérée, elle est arrivée pour la première fois sur un campus universitaire à Villejean, où son master, puis son doctorat lui ont permis de doucement se reconstruire. C’est une histoire de liberté retrouvée, tout de suite dans Plus qu’une fac.
Fin de musique du générique
Élodie : Tu te rends compte, quand tu sors de prison, que t'es resté au garde-à-vous. En plus, moi j'ai été incarcérée quatre ans, donc être au garde-à-vous pendant quatre ans, c'est aussi être dans le contrôle, en fait : dans le contrôle de tes émotions, dans le contrôle de tes comportements, dans le contrôle de tout ce que tu dis. Et puis, d'un coup, là tu sors, et tout se relâche quoi.
Et pour ma part, ma famille m'a beaucoup aidée. Ils étaient vraiment dans le “prendre soin”, en fait. Toi, tu t'es habitué à être dans la promiscuité. T'as pas d'intimité, vraiment jamais : t'as un oeilleton à ta cellule, t'as des toilettes ouvertes, t'es dans un lit superposé, t'as aucun moment où tu peux te rendre non visible, où tu peux avoir un peu de paix, entre guillemets, de tranquillité en tout cas. Donc, c'est la première chose qui me vient à l'esprit : le fait de retrouver une intimité, de pouvoir s'enfermer dans des toilettes, ou de pouvoir s'enfermer dans un endroit où tu peux être que toi en fait.
Et ce qui me vient, c'est des souvenirs de fête : de fêter évidemment la sortie, mais avec aussi beaucoup d'amertume. C'est comme les procès en fait : il n'y a pas de gagnant, il n'y a pas de perdant. Tu penses que t'as gagné parce que t'as, en tout cas, eu quelque chose qui correspondait à peu près à ce que t'espérais. Mais en fait, ça t'anéantit un procès. Il n'y a pas de bon côté de la barrière : que tu sois victime ou accusée, c'est d'une violence un procès. Il n'y a pas de joie, il n'y a pas de fête à faire, en fait. Même si le verdict est en ta faveur, ça va pas te soulager. Tu crois que ça va te soulager, mais c'est pas vrai, ça va pas te soulager. Il faut vraiment faire tout un travail intérieur, très personnel, si tu veux toi te soulager de quelque chose. Mais c'est pas le procès qui va te soulager.
Il y a aussi le sentiment d'être vraiment en décalage avec les gens. Tu viens de vivre une expérience très particulière, très connotée. Voilà, la prison évidemment ça fait peur. Si tu te dis "prison", tu vas avoir des mots très péjoratifs peut-être qui vont te venir à l'esprit. C'est la poubelle de la société, la prison. Donc tu sors de la poubelle de la société, où on t'a dit que t'étais rien, et tu retournes dans la vraie vie. Et du coup, tu te sens un peu décalé. Tu aimerais être heureux, mais tu l'es pas tant que ça quand même. Et puis même, il y a le regard des autres, où tu te dis "voilà, leur représentation à eux et tout". T'as beau, toi, dire des choses — ou ne pas en dire d'ailleurs, parce que c'est pas non plus facile de parler, même à des gens qui nous sont proches.
Il y a une représentation sur l'univers carcéral. Il y a une représentation sur les gens qui vont en prison : ce sont des profils particuliers, dans l'esprit des gens en tout cas. Ça peut pas être monsieur et madame tout-le-monde qui va en prison. Mais ça, c'est un truc qu'une surveillante m'avait dit. J'avais trouvé ça très fort. Elle m'avait dit : "N'importe qui peut aller en prison. Du jour au lendemain, un accident de voiture, n'importe qui peut aller en prison."
Cette affirmation-là, qu'elle me disait avec force, où elle me disait "c'est une erreur de parcours", ça a eu du poids aussi, parce qu'elle a raison : n'importe qui peut aller en prison. Il peut y avoir un truc qui dérape, un truc qui nous échappe, un truc qui vrille. Et pourtant, dans la représentation des gens, ça va être des profils particuliers qui vont aller en prison. C'est pas vrai.
Virgule musicale
L'arrivée à l'université… Moi, qui n'avais jamais été sur un campus, une des premières images que j'ai, c'est : je vois le campus, un peu de loin comme ça, avec tous ces gens, tous ces bâtiments qui gravitent. Vraiment, cette image un peu à l'américaine, tu sais, cette vision un peu stéréotypée. C'est vrai quoi : tu as tous ces étudiants avec leur petit sac sur le dos, ces grands bâtiments, les cafètes, les gens qui fument leur clope, qui prennent un café. Et moi, je revois sur ce campus toutes les personnes, en fait, que j'ai rencontrées à l'université, qui ont été le terreau de ma vie sociale, qui m'ont fait pour de bon remettre un pas dans la vie.
Quand tu arrives à l'université, oui, tu fais des rencontres. C'est assez simple, en fait, le contact avec les gens. Moi, j'ai trouvé ça simple, et pourtant j'étais plus âgée que la plupart des étudiants. Ils n'avaient pas connaissance de mon histoire, mais ne m'ont pas posé plus de questions que ça. En tout cas, moi j'ai pas eu besoin de mentir. J'ai probablement dissimulé certaines choses, parce que je me voyais mal annoncer la couleur tout de suite.
En tout cas, il n'y a pas eu de problème par rapport à mon âge, où j'ai été intégrée en fait. Parce que si on est en L3, bah c'est que ça nous a plu les études, et qu'on a envie de continuer. Et donc, on est tous ensemble en fait vers un objectif commun, qui est celui de réussir ta L3. Bon, je connais pas tous les étudiants, mais en tout cas en psycho, tous les gens que j'ai rencontrés je les ai trouvés bienveillants. Je me suis pas sentie jugée.
Par exemple, j'étais très en difficulté quand je suis sortie de prison avec tout ce qui était traitement de texte, Excel. En fait, j'étais vraiment à la ramasse sur tout le côté informatique. Moi, quand j'étais ado, les ordinateurs commençaient à arriver. C'est-à-dire que dans les foyers, si tu veux, tout le monde n'avait pas son ordi. C'était un peu justement des gens qui étaient un peu privilégiés, qui avaient leur ordi à la maison quoi. Et puis, dans les petits boulots que j'avais faits, j'avais pas forcément eu l'occasion de me servir d'ordi. Donc, j'étais à la peine pour plein de trucs, et j'ai toujours trouvé quelqu'un pour m'aider, sans que j'en fasse une demande claire. Mais on me disait : "Ah, attends, je vais faire ça" ou machin. Bah t'as un peu honte, parce que tu te dis : "Bon bah voilà, j'ai cet âge-là, je devrais savoir très bien faire du traitement de texte, ou je devrais très bien savoir me servir d'un tableau Excel", ce qui était pas le cas. J'avais pas les codes, en fait.
Quand je suis sortie de prison, j'avais plus aucun code. J'avais plus les codes sociaux, en fait. De réseaux sociaux, etc. Ça avait l'air de prendre beaucoup de place, en fait, ces réseaux sociaux, et moi j'étais larguée, parce que je ne l'avais pas vu venir, que par ailleurs ça ne m'avait jamais particulièrement intéressée. J'ai pas de réseaux sociaux. Et ça aussi, en fait, c'est l'université, le fait de côtoyer les étudiants : ça m'a aidée en fait à reprendre les codes, à choper les mots qui étaient à la mode, entre guillemets, parce que tu as toujours des mots qui circulent, et qui sont les mots du moment. Pour moi, c'est vraiment le partage, en fait, avec les étudiants qui me fait accéder à toutes ces choses-là que je ne maîtrise pas, et dont j'ai pas les codes.
J'ai toujours trouvé, en tout cas, beaucoup de bienveillance et d'entraide. Et c'est vraiment là où j'ai rencontré des personnes avec qui, justement, j'ai pu recréer une vie sociale en fait. Parce que je connaissais personne à Rennes, que j'étais éloignée de ma famille, que j'avais une partie de mes amis qui étaient loin aussi, puis que j'en avais perdu une autre partie.
J'aime pas parler de "réinsertion", parce que moi j'estime qu'avant la prison j'étais pas insérée dans la société. Pour moi, c'est plus une forme d'insertion. J'aime pas trop le mot non plus, mais de reprise de contact avec une vie sociale qui pourrait être lambda, qui pourrait être celle de n'importe qui.
J'ai eu ma licence 3. Je me suis rendue compte que j'aimais bien l'université, que j'aimais même beaucoup l'université. Parce qu'on m'avait dit : "L'université, ça passe ou ça casse. Soit ça plaît, soit ça plaît pas." Moi, j'étais très assidue, parce que j'étais hyper impressionnée déjà par les cours magistraux. Franchement, être dans un amphi, moi j'ai jamais été dans un amphi ! L'aisance des profs, leur manière de rendre leurs cours vivants, parce que c'est un show, en fait, de donner un cours. Ça m'avait vraiment émerveillée. Venir voir les cours magistraux, je trouvais ça génial. Je trouve qu'en plus, voir des cours magistraux, ça va vraiment mieux t'aider à comprendre tes cours, surtout quand les profs savent les rendre vivants.
J'ai trouvé ça génial de pouvoir assister à des TD, faire des exercices en groupe, plein de choses que je connaissais pas, et qui sont représentatives de l'université. J'avais vraiment adoré la fac. J'avais adoré, à la fois, le contact avec les étudiants.
J'ai rencontré des étudiants qui étaient hyper intéressants, qui avaient de la réflexion, qui s'intéressaient à plein de choses dans le monde, dans la société, aux autres. C'est mieux quand t'es en psychologie, c'est sûr. Mais c'est quand même super chouette, en fait, tout à coup, d'être avec des gens qui vont aussi déplacer ta pensée. Parce que quand t'es en prison, t'es très autocentrée. T'es tout seul avec toi-même, donc forcément, toute ta pensée, elle tourne autour de toi-même. Tout ce que tu fais, tu le rapportes à toi, à ton histoire. T'es très autocentrée.
Et tout à coup, être au contact avec des gens qui te parlent d'autres choses, qui te décentrent, où ton histoire n'est plus au centre : ça t'aide à prendre du recul. Tout à coup tu dis : "Bah il y a autre chose", ça ouvre de nouvelles perspectives.
Tu choisis ton cursus, et puis tu sais, tu dois choisir des matières secondaires. Moi, j'avais choisi… je sais plus, "religion et société". Ces cours-là, qui sont finalement que pour ta culture, c'est vraiment pour toi. Enfin, oui, tu vas avoir une note, si tu veux, c'est une discipline secondaire, tu vas être notée. Mais ça, c'est un truc que tu as choisi. Tu t'es dit : "Tiens, ça m'intéresse, j'aimerais bien avoir des connaissances là-dessus."
Et bah pareil, moi ça m'avait emballée, ça m'avait fait encore plus ouvrir mon prisme. J'étais plus centrée sur une seule discipline. Cet apport-là, en fait, cette richesse qui est liée justement à la diversité des cours de l'université, moi ça m'avait emballée.
Virgule musicale
En fait ça prend du temps de sortir de prison. Enfin je sais pas, c’est mon expérience personnelle évidemment. Tous les détenus ont probablement une expérience différente mais pour ma part, tout a été très long. T’as aussi un flot d'émotions quand tu sors, t’as beaucoup de colère, tu te dis que tu t’es fait avoir et que c’est pas juste la prison, que c’est toujours les mêmes qui vont en prison. Et je l'ai déjà vu chez d'autres détenus que j'ai pu croiser, où il y a vraiment cette colère quand même d'avoir été mise là-bas.
Donc j'avais pas d'objectif, en fait. Je me suis vraiment un peu laissée porter par quelque chose qui me plaisait et qui m'aidait à m'intégrer. Donc, j'ai passé le concours de master, voilà, sans me dire "je vais être prise". Et en l'occurrence, j'ai été prise. J'ai pas menti sur mon parcours. J'ai aussi dit qui j’étais. Les professeurs du master auquel j'ai postulé ont choisi de me faire confiance. Et tout ça, c'est très gratifiant. Ça apporte beaucoup, en fait, dans cette reconstruction, dans cette intégration, qui est très longue. Où tu te dis : "Bah ces gens-là me tendent la main, donc je la prends en fait."
Ce qui est intéressant, dans le master que j'ai fait, c'est que t'es 50 % en études et 50 % en entreprise. Et donc, l'établissement dans lequel j'ai fait mon contrat pro, d'ailleurs, c'est pareil : ils ont accepté de me prendre avec mon casier. Donc j'ai eu plein de mains tendues. Et c'est aussi eux qui m'ont proposé de poursuivre en faisant une thèse. Et j'ai accepté, parce que j'avais envie de faire une thèse, mais je savais pas forcément dans quel domaine — enfin, quel sujet plutôt — choisir. Et là, ce sont eux qui m'ont proposé un sujet, ce que j'ai accepté. Donc c'est le maintien à domicile des personnes âgées.
C'est un sujet d'actualité, c'est un sujet très intéressant. Mais je t'avoue qu'au bout de trois ans, bientôt, tu en as un peu marre de travailler sur la même chose. Voilà, ça a été une suite, pour moi, de petites lumières qui se sont allumées et vers lesquelles je me suis dirigée, en fait, sans probablement de planification ou d'objectifs de carrière. Ça s'est plus fait un peu comme ça, de manière assez instinctive, intuitive.
Aujourd'hui, je suis donc doctorante. Je le vis de plusieurs façons. Je suis contente d'en être arrivée là, parce que c'était aussi pour moi l'occasion de dire : "Je peux le faire", à ma famille, mais aussi à la société. De dire : "Je suis capable de faire ça, je suis capable de faire ces études, je suis capable d'être comme les autres, je suis capable de faire ces choix-là et je suis capable d'aller jusqu'au bout de ce que j'entreprends."
Il y avait aussi une promesse, en fait, à mon procès, où j'avais justement entrepris des études, et j'avais dit : "Je continuerai mes études." Donc c'était aussi aller de manière un peu jusqu'au-boutiste. Je pensais pas aller jusqu'en thèse, mais au bout de ça, et puis en même temps il y a un sentiment d'illégitimité.
Tout ce qui est statuts sociaux, c'est quelque chose qui a une grande importance dans ma réflexion. Et pour moi, bah voilà, on est… qu'il n'y a pas de statut social qui doit prévaloir sur un autre statut social. Donc ce titre de "docteur" m'embarrasse un petit peu, dans le sens où c'est pas quelque chose dont je souhaite me servir, en fait. Et c'est pas quelque chose qui, pour moi, me qualifie ou me caractérise. Voilà, j'ai fait une thèse, tant bien que mal. C'est difficile de faire une thèse, il y a des hauts, il y a des bas, il y a des choses forcément où on est moins performant.
Faut pas croire que c'est parce qu'on est doctorant qu'on est super brillant. C'est faux. C'est comme dans n'importe quelle classe scolaire, en fait : t'as les pas terribles, t'as des moyens, et puis t'as des super doctorants. Mais voilà, c'est pareil chez les doctorants. Ça pose aussi un peu à sa place. Moi, je sais quelles sont mes difficultés à faire ma thèse. Puis j'ai un petit sentiment d'illégitimité, parfois, parce qu'il y a encore des choses que je maîtrise mal, ou que j'arrive pas bien à faire, où je dois demander de l'aide. Par exemple, moi je suis pas très bonne pour faire des plans. Donc j'ai toujours quelqu'un qui vient m'aider à faire mes plans. Mais c'est quelque chose que je devrais parfaitement maîtriser à ce niveau.
Donc voilà, je le vis un peu en me disant : "C'est un titre qui, en plus, est un peu la cerise sur le gâteau." En tout cas, ça va pas m'enlever mon sentiment d'illégitimité. Enfin encore une fois, ça reste un travail à faire qui est tellement personnel et tellement intérieur.
Pour moi, ce qui m'a beaucoup intéressée dans mes études de psychologie — j'ai trouvé que dans le cadre des études, on en avait peu parlé — c'est la neutralité bienveillante. Moi, ce concept-là m'a beaucoup interrogée. J'y ai beaucoup réfléchi. Je me suis dit : "Qu'est-ce que c'est, la neutralité bienveillante, après avoir été une personne qui a été incarcérée, qui a été condamnée, qui a été mise au banc de la société, qui a été en prison ? Qu'est-ce que c'est aujourd'hui, de devenir psychologue, et de faire de la neutralité bienveillante ?" Donc je me suis beaucoup interrogée. Et tu vois, j'ai pas tout à fait réglé ce point, puisque je suis encore en plein dans cette réflexion-là.
En tout cas, pour moi, la neutralité bienveillante, c'est de travailler sur soi-même, de travailler sur tous tes biais, sur tes préjugés, sur tes stéréotypes. Justement, de les déconstruire. Parce que c'est évidemment avec cette connaissance que tu as de toi-même, et la lucidité que t'acquières aussi sur qui tu es, que tu vas réussir à dire : "En fait, j'ai des stéréotypes, j'ai des préjugés, et j'ai des choses qui me font pas plaisir à moi-même, en fait, de me rendre compte que j'ai ces stéréotypes-là sur les gens, sur le monde." Et déjà, pouvoir les cerner, les identifier, et se dire : "Ça me gêne. Ça me gêne dans mon rapport aux autres. Ça me biaise." Tout ce travail-là, il est très long, il est pas fini, il sera probablement jamais fini.
Mais ce que je sais, c'est que quand je fais un entretien individuel ou en groupe, toutes ces notions de jugement sortent de ma tête, et que je suis avec la personne, et que je l'écoute, et que je lui donne toute mon attention à l'instant T. Et c'est ça qui est important pour moi : d'être, en tout cas, débarrassé de tout jugement. Quand je vais écouter une personne, je ne sais pas ce que je vais faire après, puisque, comme je te dis, moi, j'ai suivi un peu les petites lumières qui clignotaient. Voilà, donc je fais un peu les choses à l'instinct.
Aujourd'hui, je suis dans la préparation d'un potentiel documentaire, mais en fait, j'ai pas de… j'ai toujours pas d'objectifs, j'ai beaucoup de mal à me projeter dans le futur. Là, ce que j'ai envie de faire, c'est de faire une longue, longue, longue marche à pied. Donc j'ai envie de faire Saint-Jacques de Compostelle, c'est vraiment la grosse étape que j'attends à la fin de ma thèse, et d'offrir des vacances à mon père qui part à la retraite. J'aimerais bien qu'on fête, la fin de ma thèse et son départ à la retraite, ensemble, et d'offrir de belles vacances parce qu'il m'a soutenu pendant… il m'a toujours soutenu, et que, évidemment, j'ai envie de lui faire plaisir.
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J'ai gardé des liens avec l'univers carcéral. Alors, d'abord, je vois toujours la bibliothécaire, je vais pas dire son nom, mais c'est une personne très importante pour moi, et puis avec Béatrice de l'enseignement à distance, qui sont toutes les deux vraiment les bonnes fées de l'université pour moi, qui m'ont vraiment accompagnée, répondu à mes questions, pris du temps pour moi, avec qui on a été faire des déjeuners. Vraiment, bah voilà, c'est le mot qui vient : c'est vraiment les bonnes fées pour moi de l'université. Et puis, j'ai revu quelques détenus, mais ça a été des relations assez brèves, parce qu'une fois que tu repars dans la vie, « entre guillemets », c'est pas forcément des bons souvenirs. En fait, l'univers carcéral, c'est pas forcément des relations que tu développes de la même manière à l'intérieur. Donc, j'ai plus de relations aujourd'hui avec des détenus. Par contre, j'ai une très belle relation avec une surveillante, qui est… donc une surveillante qui m'a particulièrement encouragée dans mes études en milieu carcéral. On a vraiment construit une relation forte dans le milieu carcéral. Alors, je vais pas dire que c'était une relation maternelle, c'est pas… c'est pas le bon mot, mais quand même, le milieu carcéral, pour beaucoup de filles, et notamment de jeunes filles, c'est un cadre et un repère, ce qui est dommage. Mais les surveillantes ont un rôle prépondérant dans ce milieu-là, et tu as beaucoup de jeunes filles justement qui vont faire des allers-retours, parce que pour elles, la prison devient un cadre, et ces surveillantes deviennent aussi, pas une famille, mais en tout cas des repères, des repères qu'elles n'ont pas dehors et qu'elles trouvent en prison, en fait. Et beaucoup d'entre elles sont très intelligentes dans leur travail, alors que tu vois, elles sont comme les détenus aussi dans une position, dans un rôle qui peut être perçu de manière péjorative, ou en tout cas où elles sont probablement souvent sous-estimées, alors qu'elles sont… mais vraiment essentielles. Enfin, moi, en tout cas, elles ont été essentielles au maintien de mon moral en prison.
Et cette surveillante-là, on a eu une relation épistolaire : on s'écrivait des lettres de temps en temps, et elle m'avait dit : « Bah, quand je serai à la retraite, on pourra enfin se voir. » Et elle a tenu parole. En effet, elle m'a dit : « Enfin, je suis à la retraite, on peut se voir. » Et on s'est vues, et ça a été vraiment un très beau moment, parce qu'on s'était pas vues depuis huit ans, depuis que je suis sortie, en fait. Et on a parlé de la prison, mais du dehors aussi. On était très heureuses de se voir, et elle m'a dit… et ça, ça m'a vraiment, vraiment beaucoup touchée, que je faisais partie des gens qu'elle… et voilà, qu'une surveillante qui t'a vu pendant quatre ans, dans le pire des endroits, dans toutes les pires conditions possibles, en fait, qu'elle te dise ça… c'est en fait que je me suis vue dans la perception qu'elle avait de moi, et je me suis sentie vraiment bien, et je me suis sentie vraiment belle en fait, dans ses yeux, dans son regard à elle. Et ça m'a fait… ça m'a fait un bien fou, quoi. Vraiment, je suis hyper heureuse d'avoir revu cette personne.
Alors, je repense encore une fois à une surveillante, parce qu'elle nous demandait souvent des tenues : « C'est quoi la première chose que vous ferez quand vous sortirez ? » Et donc il y avait beaucoup de détenus qui disaient : « J'irai prendre un verre. » Alors, ça s'entend, parce qu'en fait, tu sors : « Ah oui, je vais prendre un verre d'alcool, histoire d'oublier tout ça, quoi. » Et puis, en fait, tu te rends compte quand tu sors que… alors, parce que quand tu es en prison, tu apprends à vivre avec ton besoin. En fait, tu as plus de superflu, t'es vraiment un peu face à toi-même, avec ton besoin, quoi. Donc, tu réduis ton besoin, et tu te rends compte très vite de ce qui est important pour toi.
Ce qui me rend heureuse, c'est des choses très simples : c'est un bon repas, c'est de bien dormir, c'est d'avoir cette liberté, en fait, d'aller et venir. En fait, je fais ce que je veux. J'aime bien me dire que je fais ce que je veux, que je vais à l'université, que je peux voir les gens que je veux, que je peux aller dans des cafés, dans des restaurants, que je peux aller à la campagne, à la mer. Non, ben vraiment, c'est… c'est bête à dire : c'est d'être libre.
Musique du générique
Voix off : Plus qu’une fac, c’est un podcast de l’Université Rennes 2 réalisé par le service communication.
Un très très grand merci à Élodie, à qui l’on souhaite, de tout coeur, le meilleur
Fin de musique du générique