Date de publication
5 décembre 2023
modifié le

Palimpseste : “Montrer la richesse des SHS à Rennes 2”

À l’occasion de la sortie du dixième numéro de la revue consacrée aux travaux de recherche menés à l’Université, rencontre avec le fondateur et ancien rédacteur en chef, Leszek Brogowski.

Image
plusieurs numéros de Palimpseste

Comment l’idée de Palimpseste est-elle née ? Quel était l’objectif de départ ?

Le constat de départ, c’est que les sciences humaines et sociales (SHS) ne bénéficient pas de la même reconnaissance que les sciences exactes ou expérimentales. Toutes les sciences modernes ont émergé à peu près au même moment, à la fin du 19e siècle, y compris les SHS : l’histoire d’abord, le droit, la sociologie, puis la psychologie, l’histoire de l’art, etc. Mais le prestige des sciences dites parfois “dures” s’est acquis par les réussites technologiques : quand on les met en application, ça marche. Les SHS suscitent beaucoup d’incompréhension car elles posent la question de l’interprétation. Celle-ci comporte certes une part de subjectivité, mais les SHS ont élaboré des méthodes d’interprétation qui sont tout aussi rigoureuses. Il faut bien comprendre que la réalité n’a pas qu’un sens, et qu’il faut pouvoir en justifier une interprétation. Tout n’est pas permis. On ne l’interprète pas n’importe comment, et la·le chercheur·e doit pouvoir exposer le chemin qu’elle ou il a parcouru. L’objectif de la création de Palimpseste, c’était donc de créer un champ où les chercheurs et chercheuses en SHS puissent présenter leurs projets de recherche avec un espace suffisant pour que la question du sens et de la méthode puisse être traitée. Et de montrer la richesse des SHS telles qu’elles sont pratiquées à Rennes 2. À l’époque, j’étais vice-président en charge de la recherche, donc bien placé pour savoir qu’il est impossible de connaître tous les travaux menés à l’université dans nos 22 laboratoires. L’idée était donc aussi d’avoir un outil pour identifier les travaux menés dans ces laboratoires sur diverses thématiques. Nous avons beaucoup discuté au sein du bureau de direction et des différentes instances (commission Recherche, conseil académique). Cela a pris plusieurs années, mais au départ, j’étais loin de l’idée d’une revue, j’avais plutôt en tête une collection éditoriale ; nous voulions avoir une carte de visite à diffuser auprès des collègues d’autres établissements et aux partenaires institutionnels. Voilà pourquoi nous avons opté pour cette formule.

Comment fonctionne concrètement la revue ?

Le comité éditorial est composé pour l’essentiel d’enseignants-chercheurs et d’enseignantes-chercheuses, dont des doctorants et doctorantes, ainsi que de personnels de services (culturel, communication, direction de la valorisation de la recherche, service commun de documentation). Les membres sont élus ou désignés par les instances, et se réunissent mensuellement pour décider des thématiques, relire et valider les contributions. Un appel à articles est lancé pour constituer le contenu du numéro, selon la méthode de la pêche au filet [rires] et les membres du comité sollicitent aussi leurs collègues et les responsables des unités de recherche. Les thématiques doivent donc être suffisamment larges pour que tout le monde puisse s’y reconnaître et proposer de présenter ses travaux.

La revue est produite par le service communication de l’université, au sein duquel travaille la secrétaire de rédaction, avec un petit budget pour l’impression papier (2000 euros par numéro en moyenne) et le coût des droits pour certaines images, qui ne dépasse pas 150 euros par numéro.

La revue paraît deux fois par an, et les 1000 exemplaires sont distribués gratuitement. Palimpseste sert également informer une large audience des objets sur lesquels travaillent les chercheurs et chercheuses financé·es par l’argent public, et la pertinence de ces travaux.

Pourquoi ce choix de forme éditoriale ?

Je considère les publications en SHS, en particulier les livres, comme une offre culturelle non négligeable aujourd’hui, et une alternative par rapport à l’industrie du loisir et du divertissement. Les Presses universitaires de Rennes (PUR) sont un magnifique exemple de cette offre. Mais tout le monde n’a pas une semaine à consacrer à la lecture d’un ouvrage, et nous voulions une forme plus courte, permettant d’inscrire la présentation de travaux dans le temps contraint et pressé de la vie quotidienne. D’un autre côté, les SHS n’entrent que très difficilement dans des formats très courts. Là, on a le temps de lire un article ou deux de Palimpseste dans le métro entre Villejean et La Poterie. Palimpseste a aussi évité jusqu’à maintenant les usages “à la légère” des visuels, et s’inscrit dans une approche réflexive de l’image. Les articles sont donc illustrés avec des images qui font partie de la recherche, soit comme son instrument, soit comme son objet, soit comme documentation, soit comme une carte nous guidant sur le terrain, etc. Jamais pour simplement « faire beau », attirer l’attention ou faire du « buzz ».

Quelle est votre plus grande fierté concernant Palimpseste ?

Que ça existe, tout simplement ! D’avoir réussi à accompagner l’idée jusqu’à ce qu'elle devienne réalité, et que cette revue ait pu trouver durablement sa place dans le paysage institutionnel.