Date de publication
22 février 2023
modifié le

Découvrir la cartographie radicale avec le collectif Orangotango+

En co-production avec les Éditions du commun, le service culturel est fier de vous présenter Ceci n'est pas un atlas du 20 mars au 29 septembre à la Chambre claireÀ l'inverse de la cartographie traditionnelle qui reflète et conforte les pouvoirs en place, la contre-cartographie montre une autre réalité. Tirée de l’ouvrage éponyme paru en février 2023, cette exposition inédite contribue à visibiliser la cartographie critique comme outil de terrain au service des luttes et des mobilisations à travers 21 exemples internationaux. 

Rencontre avec l'historienne Nepthys Zwer, traductrice et directrice éditoriale de l’ouvrage.

(Update - 13 sept. 2023) Un finissage de l'exposition aura lieu le 28 septembre à 18h à la Chambre claire en présence de l'équipe éditoriale de l'ouvrage.

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Couverture de l'ouvrage Ceci n'est pas un atlas
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Couverture de l'ouvrage Ceci n'est pas un atlas

La cartographie radicale, ou « contre-cartographie », permet de mettre en lumière une autre réalité et représente le monde sous d’autres formes que celles présentées dans la cartographie traditionnelle. De cette manière, elle traite de thématiques peu abordées et visibilise des perspectives marginalisées. Plus précisément, pouvez-vous nous dire en quoi la contre-cartographie est un outil au service des luttes et des mobilisations et pourquoi son rôle est éminemment politique ?

Nepthys Zwer. Toute activité humaine se déploie dans l’espace, mais nous n’avons pas forcément conscience de cette dimension. Spatialiser les informations sur l’activité humaine, qu’elle soit économique, sociale ou politique, nous oblige à prendre en compte toutes les interactions et interdépendances que nos actions impliquent. Tout ce qu’on ne voit pas ou à quoi on ne pense pas de prime abord. Doreen Massey parle, par exemple, de la « géométrie du pouvoir » qui montre que même la mobilité humaine est inégale : nos flux de communication, nos transactions financières se font à la vitesse de l’éclair alors qu’une femme d’un pays pauvre d’Afrique mettra des heures à aller chercher de l’eau pour sa famille1. La carte est l’outil parfait pour montrer ces dimensions occultes de nos économies, à condition, bien sûr, de vouloir les montrer, ce qui n’est pas forcément le cas de la cartographie conventionnelle, qui s’intéresse moins à ces phénomènes « impalpables » et hautement politiques. La contre-cartographie va justement s’atteler à ce dévoilement, que ce soit pour montrer les usages traditionnels d’un territoire, la prédation spatiale du capitalisme ou les dégâts humains et écologiques qu’elle engendre.

La carte réalisée de manière collective dépasse même cette mission de la visibilisation d’un phénomène : elle encourage une prise de conscience collective. Les projets de cartographie réalisés en groupe fédèrent non seulement les gens autour d’une revendication, d’une lutte, ils contribuent aussi à leur donner un sens en replaçant au cœur de la cité la préoccupation de l’intérêt général, donc du bonheur général.

Cette dimension politique de la cartographie critique est bien celle d’un réengagement citoyen dans la vie de la cité, dans la polis, un engagement légitime que nous n’aurions jamais dû perdre de vue. Elle n’est pas critique ou radicale au sens d’une simple contestation, mais au sens d’une analyse approfondie des tenants et aboutissants d’un problème, voire de l’autocritique qui s’impose aux cartographes qui savent bien que leur regard, aussi, est situé.

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Groupe de personnes participant à un atelier de cartographie.
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Autochtones Kaxinawá de Rui Humaitá pendant un atelier de cartographie. © Projeto Nova Cartografia Social da Amazônia - Alfredo Wagner Berno de Almeida, Sheilla Borges Dourado, Carolina Bertolini, « Une nouvelle cartographie sociale. Défense des territoires traditionnels amazoniens par la cartographie », p. 64.

Chercheuse en histoire et culture des pays de langue allemande, spécialiste de l’œuvre d’Otto Neurath et du système graphique d’information Isotype, vous faites également partie du groupe de recherche indépendant visionscarto.net depuis 2018. Comment en êtes-vous venue à vous intéresser à la contre-cartographie ?

N.Z. L’Isotype (International System Of TYpographic Education) est un système de visualisation de données statistiques par des diagrammes, où la répétition de petits pictogrammes sert à comparer des quantités. Il a été développé à Vienne par Marie et Otto Neurath, entre les deux guerres mondiales. Pour moitié ces diagrammes sont en réalité des cartes : soit des fonds de cartes sur lesquelles est localisé un phénomène, soit des transpositions cartographiques extrêmement schématisées. Il était donc naturel d’aborder la question de la représentation cartographique dans l’Isotype2. De plus, ce système graphique a été conçu comme un outil au service d’un engagement politique fort, celui de l’ingénierie sociale. Ce dispositif développé par l’économiste Otto Neurath vise un amendement de l’ordre social opéré en concertation avec la société civile3. Cette idée repose aussi sur les théories philosophiques développées par lui-même (car il était également philosophe) : il voulait généraliser l’esprit scientifique par l’éducation de notre sens critique. La mise en image de connaissances complexes nous aide à mieux comprendre le fonctionnement du monde, à forger nos arguments et à étayer nos avis et dires. Il se trouve que c’est aussi le propos de la contre-cartographie.

Sur le plan graphique, l’Isotype – comme cela a été le cas du travail de William Playfair, Charles Joseph Minard, Florence Nigthingale, Patrick Geddes ou W.E.B. du Bois – a libéré la représentation cartographique des conventions qui la condamnaient à l’exactitude, la ressemblance, l’objectivité, toutes ces qualités que nous lui prêtons abusivement.

De fait, la cartographie et la représentation graphique de l’activité humaine, qui se déploie donc toujours dans l’espace, sont de même nature et partagent une même sémiologie.

 

Vous êtes co-autrice avec Philippe Rekacewicz de Cartographie radicale. Explorations publié en octobre 2021 aux éditions La Découverte et aujourd’hui traductrice et directrice éditoriale de Ceci n’est pas un atlas paru le 24 février aux Éditions du commun. En quoi ces deux ouvrages sont-ils différents ?

N.Z. Quand j’ai écrit Cartographie radicale, j’avais à l’esprit la nécessité d’expliquer le fonctionnement de la carte en tant qu’objet social (Pourquoi faisons-nous des cartes ? Quel impact ont-elles sur notre représentation du monde ?) mais aussi de comprendre le geste cartographique (De quelle latitude disposons-nous quand nous réalisons une carte ? Que nous dit son esthétique ?). À partir de cette approche épistémologique, il était possible de comprendre le pouvoir inhérent aux cartes et pourquoi les contre-cartes étaient capables d’opposer un contre-récit aussi puissant au discours hégémonique du moment. Un jour, Severin Halder (qui est l’initiateur de la version originale du livre, This Is Not an Atlas) m'a confié qu’avec son approche analytique, Cartographie radicale aurait dû paraître avant le « non-atlas », qui présente plutôt des exemples de cette contre-cartographie. Voilà cet ordre de parution préservé pour le public francophone, qui trouvera dans Ceci n’est pas un Atlas une exemplification, à partir de projets extrêmement divers, de ce que peut la cartographie, surtout quand elle est engagée et expérimentale.

La traduction de Ceci n’est pas un Atlas, de l’anglais vers le français, a d’ailleurs été passionnante, car se posait constamment la question du sens attribué aux mots dans les différentes cultures. Comme pour tout livre comportant beaucoup d’images, c’est ensuite le travail éditorial qui a été un véritable défi ! Les Éditions du commun l’ont merveilleusement relevé.

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Image d'une carte alternative dessinée à la main.
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Carte du village Boa Vista réalisée lors d’un atelier de cartographie participative. © Projeto Nova Cartografia Social da Amazônia - Alfredo Wagner Berno de Almeida, Sheilla Borges Dourado, Carolina Bertolini, « Une nouvelle cartographie sociale. Défense des territoires traditionnels amazoniens par la cartographie », p. 71.

Dans Ceci n’est pas un atlas, 21 cartes sont présentées selon différentes thématiques telles que l’agrobusiness, le mouvement des squats ou encore la déforestation. Comment s’est faite la sélection sachant que l’ouvrage original, This Is Not an Atlas comprend 40 exemples de cartographies ? Pourquoi privilégier certaines thématiques plutôt que d’autres ?

N.Z. Avec sa reliure en toile, l’édition anglaise se veut un clin d’œil aux atlas classiques. C’est un très bel ouvrage, de grand format (31,5 x 25,5 cm) et d’un poids conséquent (plus de 2,250 kg…). Avec Benjamin Roux, éditeur aux Éditions du commun, nous avons voulu une version française plus légère, à un prix raisonnable et surtout pratique, avec notamment un fanzine détachable à emporter partout où vous voudrez organiser un atelier. Ce livre est un livre pratique dans tous les sens du terme.

Aucun thème n’a été privilégié. La sélection des contributions s’est même faite dans la souffrance : elles sont toutes passionnantes (nous les avons d’ailleurs listées à la fin de notre ouvrage). Il a fallu sélectionner celles pertinentes au regard de grands thèmes de la cartographie radicale, qui sont sa fonction de dévoilement (révéler une situation peu médiatisée, voire passée sous silence), sa fonction de miroir (les groupes qui cartographient leur situation développent une prise de conscience très forte de la problématique, voire un renforcement de leur identité), sa fonction de simple outil (en tant que moyen de ralliement ou pour servir de preuve devant les tribunaux lorsqu’il s’agit, par exemple, de défendre les droits des peuples autochtones à vivre sur leur territoire traditionnel) ou, plus politiquement, sa fonction sociale (en fournissant, par exemple, des données manquantes aux services publics désireux d’améliorer la qualité de vie des citoyen·nes). On voit que ces regroupements sont perméables et les projets qui n’ont pas trouvé de place dans la version française offrent la même résistance à la manie taxinomique. En fait, il faudrait leur consacrer un deuxième livre !

Dans cette version française, nous avons ajouté deux contributions, celle d’Aude Vidal sur des ateliers cartographiques en Malaisie et celle de Matthieu Noucher sur la cartographie activiste en Guyane. Ici aussi, on aimerait montrer encore davantage d’autres projets en cours dans la recherche française.

 

Cette exposition est destinée à être itinérante. Quelle importance revêt le fait d’exposer à l’université en premier lieu ? Pouvez-vous nous parler de la genèse de ce projet d’exposition ?

N.Z. Faire des cartes est un acte physique, graphique, esthétique. Les ateliers de cartographie collective ressemblent à des performances artistiques. À la fin de ceux que j’organise, il y a toujours un moment où les cartes sont présentées et discutées par les personnes qui les ont réalisées. Expliquer la façon dont on transforme les données, sa démarche graphique, ses hésitations et ses choix est une partie importante du processus cartographique. Toute carte est en fait une argumentation : elle n’a de sens que si on en discute. C’est pour cela qu’il y a des atlas et des infographies et que des artistes, comme Cian Dayrit, intègrent l’objet à leur travail.

Lors des ateliers vous créez une œuvre. Une œuvre qui peut être vue et partagée en public. Une exposition était donc envisageable et quand Benjamin Roux a présenté le livre aux personnes du service culturel de l’Université de Rennes 2, elles ont immédiatement proposé de faire une belle exposition de nos cartes.

Notez, cependant, qu’il est des cartes destinées à ne pas être publiées, elles servent plutôt à organiser une lutte et à fédérer les gens. Ici aussi, il est question de consentement.

Il est vrai que la cartographie radicale est généralement l’œuvre de chercheuses et chercheurs impliqué·es, qui travaillent en concertation avec des activistes ou des citoyennes et citoyens qui veulent défendre une cause. Elle fonctionne par un partage des compétences et connaissances, non pas dans une démarche top-down mais horizontale. La recherche universitaire a d’ailleurs joué un rôle important dans l’émergence de ce type de cartographie : à la fin des années 1960, ce sont des géographes étasuniens très politisés, David Harvey et William Bunge avec Gwendolyn Warren (rappelons toujours ces femmes invisibles de l’histoire !), qui ont forgé les termes de « géographie critique » et de « géographie radicale ».

Cette coopération repose donc sur l’élaboration commune de la méthodologie et la co-construction des connaissances. Cette transversalité de l’action entre recherche-action et activisme social produit ce que l’artiste Joseph Beuys nommait la « plastique (ou sculpture) sociale » un moyen de changer l’ordre social, une sorte de révolution, opérée par des œuvres réalisées collectivement. L’intérêt que les sciences sociales portent aujourd’hui à la cartographie témoigne aussi d’une (re)politisation de la recherche (c’est aujourd’hui un poncif de dire que la neutralité scientifique n’existe pas…), qui, face aux crises de tous ordres que nous subissons, peut de moins en moins se concevoir comme a-politique.

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Carte alternative sur du textile.
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Cian Dayrit, Mapa de la Isla de Buglas, 2017. Avec l’aimable autorisation de l’artiste. © Arnisson Andre C. Ortega, Ma. Simeona M. Martinez, Cian Dayrit, Kristian Karlo C. Saguin, « Contre-cartographie de résistance et de solidarité aux PhilippinesEntre art, pédagogie et communauté », p. 197.

Pouvez-vous nous parler du choix de répartition des thèmes présents dans l’exposition, conçue spécialement pour cette occasion ?

N.Z. Nous exposons 21 cartes du livre que nous détachons en 5 grands thèmes pour pouvoir les montrer séparément lorsque l’exposition accompagnera un événement dédié à une thématique spécifique lors d’ateliers, de colloques ou de festivals.

D’abord il y a le thème de la mobilité humaine : Sarah Mekdjian et Anne-Laure Amilhat Szary nous montrent comment des personnes cartographient leur expérience de l’exil ; Stephan Liebscher et Ina Fisher expliquent comment la cartographie numérique contribue à sécuriser la traversée de la Méditerranée. L’œuvre La Machine de mad meg apporte le regard d’une artiste sur le phénomène de la migration. Un Isotype de la migration dans les années 1930 vient justement titiller les représentations convenues.

Mais on bouge pour s’arrêter quelque part, y gagner sa vie, fonder un foyer, l’habiter et voir son droit au logement respecté. C’est le deuxième thème. Que vous habitiez un quartier informel (voir les cartes citoyennes d’Hyderabad de HUL présentées par Harsha Devulapalli et Indivar Jonnalagadda, celle de Dakha d’Elisa T. Bertuzzo et Günter Nest, celle de Kibera présentée par Erica Hagen), que vous soyez SDF (comme le montrent Oliver Moss et Adele Irving avec la carte de l’artiste Lovely Jojo) ou que vous viviez dans un squat berlinois (mouvement dont l’histoire est mise en carte par le collectif Pappsatt et Tobias Morawski), le droit à la ville se décline en de multiples problématiques.

Il rejoint le troisième thème, celui des communs, ceux que l’ont défend : la carte de l’AEMP présentée par Erin McElroy montre l’éviction des pauvres à San Francisco ; les petites cartes contestataires de Guyane présentées par Matthieu Noucher cherchent à défendre l’environnement ; l’accaparement commercial des aéroports est montré par Philippe Rekacewicz Mais il y a aussi les communs que l’on crée, comme le fait le collectif 596 acres, auquel appartiennent Paula Z. Segal et Mara Kravitz, qui fait fleurir les jardins partagés à New York. Il ne faut pas oublier le bien commun qu’est l’histoire mémorielle : à nous de la construire ensemble, comme le fait l’équipe de Nermin Elsherif en encadrant la réalisation collective d’une grande fresque de l’histoire sociale de Port-Saïd.

Le quatrième thème s’axe autour des luttes des populations autochtones qui défendent leurs droits à l’espace et au territoire : au Brésil, avec la nouvelle cartographie sociale d’Alfredo Wagner Berno de Almeida et son équipe, mais aussi avec la commission pro-indienne d’Acre avec Renato Antonio Gavazzi ; en Malaisie, comme le montre Aude Vidal ; aux Philippines, avec le projet d’Arnisson Andre C. Ortega, son équipe et l’artiste Cian Dayrit.

Enfin, le thème de l’égalité femmes-hommes nous tient particulièrement à cœur, cartographié dans des contextes très différents : le plan genrée de Vienne du genderatlas de Florian Ledermann ; la carte interactive du harcèlement sexuel en Égypte réalisée par l’équipe de HarassMap, dont Noora Flinkman ; le projet de cartes textiles d’Élise Olmedo avec des femmes marocaines et la mappemonde des Iconclasistas sur le rôle des femmes dans l’agriculture.

Les cartes sur l’égalité numérique de Mark Graham et son équipe sont un joker qui accompagne tous les thèmes, car il ne faut pas oublier que les cartes reposent souvent sur des données chiffrées. La carte du gouvernement mondial de Bureau d’Études entre dans cette catégorie.

Cette exposition itinérante montre donc que Ceci n’est pas un Atlas n’est pas une simple publication, il s’agit d’une œuvre collective, initiée à l’origine par le collectif Orangotango et qui aujourd’hui trace un cercle encore plus grand en fédérant de nouveaux groupes autour de ce noyau.

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Carte représentant les décès en méditérannée de personnes non secourues
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Décès en Méditerranée de personnes non secourues. © Stephan Liebscher, Ina Fisher, « Cartographier les passages sûrs. Interventions en temps réel aux frontières maritimes de l’Europe », p. 214-215.

Vous avez invité une artiste engagée, mad meg, à exposer une de ses œuvres dans le cadre de l’exposition. En quoi sa démarche résonne avec votre travail ?

N.Z. mad meg est une artiste extraordinaire, par son talent autant que par l’audace de sa lecture du monde. Elle porte le nom d’un personnage du folklore néérlandais : Margot la folle (Dulle Griet), femme de tête qui défia l’enfer. Et, croyez-moi, elle fait honneur à cette généalogie choisie…

Ses grandes toiles offrent une image dérangeante de notre actualité, sourcée dans la culture mondiale ancienne et actuelle, une actualité qu’elle analyse avec le regard féministe et anti-capitaliste qui est le sien.

mad meg invente des mondes miroirs du nôtre, lourds de sens et de symboles, des miroirs déformants où reconnaître nos multiples visages, même ceux que nous préférons ignorer. Ses toiles sont de grandes cartes imaginaires où l’espace le dispute à l’histoire, où une question dérangeante émerge à chaque détail, où vous pouvez vous perdre comme dans un tableau de Bosch ou de Brueghel.

Elle nous a confié son œuvre La Machine, une métaphore de la crise de l’accueil de la migration en Europe. Cette œuvre pose un cadre large, celui du contexte d’émergence de cette crise (les discours populistes) et de sa mise en œuvre (la répression et le traitement administratif kafkaïen de la migration). Mais elle interroge aussi la dimension humaine du phénomène en montrant les destinées des individus qui se retrouvent pris au piège de ce dispositif infernal.

On voyage dans ses univers comme dans une carte, allant de surprise en irritation, un peu moins ignorant·e après s’être confronté·e à son travail.

 

 


1. Doreen Massey, « A Global Sense of Place » [1991] dans id., Space, Place and Gender [1994], Cambridge, Polity Press, 1998, p. 146-156.

2. Voir Nepthys Zwer, « Was Karten können. War Otto Neurath ein radikaler Kartograf ? », avec Philippe Rekacewicz, dans Gernot Waldner (dir.), Die Konturen der Welt. Geschichte und Gegenwart visuelle Bildung nach Otto Neurath, Vienne et Berlin, Mandelbaum Verlag, 2021, p. 177-216.

3. Voir Nepthys Zwer, L’ingénierie sociale d’Otto Neurath, Rennes et Le Havre, PURH, 2018.