Lente a été la déprise du phénomène guerrier sur l’Europe centre-orientale à partir de 1918. Cette période confuse d’entrée dans la paix a été marquée par des conflits meurtriers alors même que se négociaient les traités de paix. Le tout a dessiné un nouvel ordre qui constitue la matrice de notre monde contemporain. En effet, l’Europe centre-orientale constitue alors le laboratoire d’un droit international novateur qui inaugure, péniblement, les instruments de poursuite pour crimes de guerre, mais également le statut des minorités et le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Plusieurs autres questions, qui constituent elles aussi des interrogations très actuelles, jalonnent cette étude sur le basculement d’un conflit exponentiel à un monde de paix : comment pratiquer la diplomatie dans le chaos ? Face aux deux publics avec lesquels composer : la scène domestique, et l’opinion internationale, comment hiérarchiser ses options ?
Le Cours public 2026
Le thème du cours public 2026 est "Des États de paix"
Coordination Patrick Harismendy, Professeur émérite d’histoire contemporaine
Université Rennes 2 / CRBC
Pour péremptoire qu’elle pouvait être, la fermeture des Portes de la Guerre, à Rome, ne préjugeait pas d’un retour à la stasis, mot grec conjoint à la physique et à la physiologie. Comme, désormais, est révoqué le triptyque « paix, crise, guerre », au profit de « compétition, contestation, affrontement » mieux à même de rendre compte d’instabilités et d’imprévisibilités parcourant l’environnement fragmenté et fortement concurrentiel devenu le nôtre, ainsi que le suggère le général Thierry Burkhard, alors que l’image gentillette du village mondial, postulant l’entraide entre voisins, n’est plus de saison. De même, l’Histoire des Relations internationales, faite d’en haut et par en haut a dû s’ouvrir aux travaux interrogeant successivement après-guerres, post-guerres, sorties de guerre marquant la dilatation du temps à travers les processus de transition. L’interrogation de complexités allant des reconstructions aux retours des prisonniers, aux procès de culpabilités et de mémoires aux conséquences économiques ou culturelles durables est centrale, tout comme le changement plus ou moins radical des horizons politiques en résulte bien souvent. Mais, pour quantifiables que peuvent être les coûts de la paix, en passant par migrations forcées, abandons territoriaux, tribut au vainqueur ou perte pure et simple de souveraineté, ils travaillent aussi sociétés et individus en profondeur avec les cortèges d’humiliation, d’intolérance, de ressentiment ou de traumas, avérés ou mythologisés propres à réembraser les conflits ; y compris par les venins communautaristes ou nationalistes. La paix n’est donc ni une catégorie, ni un invariant, mais reflète, selon les époques, les possibles de vivre ensemble selon des règles ne pouvant ignorer les psychés des uns et des autres. La difficulté, pour l’historien, est de trouver ou maintenir la bonne distance entre la multiplication d’outils d’analyse à sa disposition et la conservation de la contemporanéité propre à la période examinée. Et la nôtre est, aussi, celle d’une maison qui brûle…
Cours public 2026 : Après la Grande Guerre : comment faire la paix en Europe ?
Mercredi 25 mars 2026, à 18h15, le campus Mazier accueillera, dans le cadre du Cours public, Isabelle Davion, Maitresse de conférences HDR en Histoire contemporaine, Université Paris-Sorbonne, Institut de stratégie comparée.
Lente a été la déprise du phénomène guerrier sur l’Europe centre-orientale à partir de 1918. Cette période confuse d’entrée dans la paix a été marquée par des conflits meurtriers alors même que se négociaient les traités de paix. Le tout a dessiné un nouvel ordre qui constitue la matrice de notre monde contemporain. En effet, l’Europe centre-orientale constitue alors le laboratoire d’un droit international novateur qui inaugure, péniblement, les instruments de poursuite pour crimes de guerre, mais également le statut des minorités et le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Plusieurs autres questions, qui constituent elles aussi des interrogations très actuelles, jalonnent cette étude sur le basculement d’un conflit exponentiel à un monde de paix : comment pratiquer la diplomatie dans le chaos ? Face aux deux publics avec lesquels composer : la scène domestique, et l’opinion internationale, comment hiérarchiser ses options ?
Le Cours public 2026
Le thème du cours public 2026 est "Des États de paix"
Coordination Patrick Harismendy, Professeur émérite d’histoire contemporaine
Université Rennes 2 / CRBC
Pour péremptoire qu’elle pouvait être, la fermeture des Portes de la Guerre, à Rome, ne préjugeait pas d’un retour à la stasis, mot grec conjoint à la physique et à la physiologie. Comme, désormais, est révoqué le triptyque « paix, crise, guerre », au profit de « compétition, contestation, affrontement » mieux à même de rendre compte d’instabilités et d’imprévisibilités parcourant l’environnement fragmenté et fortement concurrentiel devenu le nôtre, ainsi que le suggère le général Thierry Burkhard, alors que l’image gentillette du village mondial, postulant l’entraide entre voisins, n’est plus de saison. De même, l’Histoire des Relations internationales, faite d’en haut et par en haut a dû s’ouvrir aux travaux interrogeant successivement après-guerres, post-guerres, sorties de guerre marquant la dilatation du temps à travers les processus de transition. L’interrogation de complexités allant des reconstructions aux retours des prisonniers, aux procès de culpabilités et de mémoires aux conséquences économiques ou culturelles durables est centrale, tout comme le changement plus ou moins radical des horizons politiques en résulte bien souvent. Mais, pour quantifiables que peuvent être les coûts de la paix, en passant par migrations forcées, abandons territoriaux, tribut au vainqueur ou perte pure et simple de souveraineté, ils travaillent aussi sociétés et individus en profondeur avec les cortèges d’humiliation, d’intolérance, de ressentiment ou de traumas, avérés ou mythologisés propres à réembraser les conflits ; y compris par les venins communautaristes ou nationalistes. La paix n’est donc ni une catégorie, ni un invariant, mais reflète, selon les époques, les possibles de vivre ensemble selon des règles ne pouvant ignorer les psychés des uns et des autres. La difficulté, pour l’historien, est de trouver ou maintenir la bonne distance entre la multiplication d’outils d’analyse à sa disposition et la conservation de la contemporanéité propre à la période examinée. Et la nôtre est, aussi, celle d’une maison qui brûle…