Jérôme Eneau, vice-Président Recherche et Valorisation de l'Université Rennes 2, partage les intérêts de l'Europe pour un parcours doctoral et présente les différentes manières de réaliser sa thèse.
Je m'appelle Jérôme Eneau, je suis vice-président Recherche et Valorisation et dans le cadre de la journée européenne du doctorat, je vais vous parler de l'intérêt de l'Europe pour un parcours doctoral, en particulier à Rennes 2.
Nous avons, au niveau de l'internationalisation de nos activités de recherche et de valorisation à Rennes 2, mis beaucoup ces dernières années et à l'avenir plus encore l'accent sur l'Europe parce que c'est une opportunité extraordinaire pour les doctorants, doctorantes d'effectuer tout ou partie de leur recherche, de leur parcours à l'étranger et nous avons à Rennes 2 de nombreux dispositifs qui permettent de valoriser cette expérience.
La première et la plus facile : des mobilités au niveau européen peuvent être effectués par des demandes de financement ou de cofinancement, que ce soit par son unité de recherche, que ce soit par l'école doctorale, que ce soit par le collège doctoral, que ce soit dans notre alliance européenne EMERGE où nous avons donc des partenaires dit privilégiés. La seconde possibilité, est de participer de manière un peu plus active à ancrer sa recherche dans une collaboration européenne. Là, les modalités sont nombreuses. Ça peut être par un séjour de recherche, ça peut être par l'inscription de sa thèse dans une codirection avec donc deux directeurs, directrices dans deux pays différents. On peut aussi avoir une cotutelle de thèse qui permet au-delà de ces deux directions d'obtenir in fine, deux diplômes. Et il y a une possibilité aussi de demander le label du doctorat européen. Ce n'est pas un diplôme supplémentaire mais ça permet de prouver qu'on a passé du temps à l'étranger, qu'on a fait tout ou partie de sa thèse dans une langue étrangère, qui permet de donner de la visibilité à son parcours.
Donc les avantages pour moi sont nombreux d'aller faire tout ou partie de son parcours dans un pays partenaire en Europe. C'est toujours un plus dans un parcours doctoral que d'avoir eu une expérience à l'étranger. C'est la possibilité de rencontrer aussi des doctorants, des pairs. C'est aussi la possibilité bien sûr d'avoir accès à des ressources et puis ce sont bien évidemment des rencontres et ça c'est toujours une expérience extrêmement intéressante que d'avoir une partie de son doctorat qui a été nourri de ses rencontres, en particulier donc au niveau européen.
Dans le cadre de cette journée européenne du doctorat, nous avons souhaité donc vous parler des opportunités de cotutelles, mobilités et cetera. Et pour que ce soit plus concret, vous allez avoir aussi des témoignages de collègues qui justement ont effectué tout ou partie de leur thèse à l'étranger, en Europe et quels ont été les bénéfices pour eux. Et j'espère très sincèrement que ça vous donnera envie.
Témoignages en vidéos sur parcours doctoral européen
Découvrez 3 dispositifs permettant de réaliser son parcours doctoral en Europe : la codirection, par Morgane Heyraud, doctorante en littératures irlandaises à l’Université Rennes 2 ; la cotutelle, par Ruxandra Apetrei, doctorante en langues et littératures anciennes à l'Université Rennes 2 et l’Université de Bucarest ; ainsi que le label du doctorat européen, par Anna De Rosa, doctorante en langues, littératures et cultures romanes à l’Université Rennes 2 et l’Université de Salerne.
Rennes 2 c'est une université qui est très ouverte sur l'international et les liens européens. Ce n'est pas du tout un obstacle en fait dans la... l'établissement ? Non, je vais recommencer (rires).
Je m'appelle Morgane Heyraud, je suis doctorante en première année en littératures irlandaises à Rennes 2. Le titre de ma thèse, c'est "Crise des valeurs et reconfiguration de la communauté dans le roman irlandais contemporain."
Je réalise ma thèse en codirection. C'est comme une thèse normale, à la différence qu'on a deux directeurs ou directrices de thèse. Dans mon cas, c'est une codirection qui est internationale. Ça veut dire que ma directrice est à l'Université Rennes 2. Elle est enseignante chercheuse ici. J'ai aussi un codirecteur qui est à l'Université de Limerick, en Irlande. La différence entre une codirection et une cotutelle, elle est assez simple. Elle se joue au niveau des inscriptions à l'université. En cotutelle, on est inscrit dans deux universités. À l'issue de la thèse, on a deux diplômes. En codirection, c'est différent. On est inscrit dans une seule université. Pour moi, c'est Rennes 2. Donc, j'ai payé les frais d'inscription de Rennes 2 et à la fin, j'aurai un seul diplôme qui sera un diplôme de l'Université Rennes 2.
Je crois que faire une thèse en codirection, ça apporte énormément de richesse, déjà parce qu'on a plusieurs regards sur notre travail. Et ensuite dans mon cas, comme je travaille sur les études irlandaises et que mon codirecteur est irlandais, ça m'apporte un regard irlandais et en plus de ça, des ressources qui peuvent être matérielles, par exemple, si la BU (Bibliothèque Universitaire) de Rennes 2 n'a pas accès à certaines ressources en ligne, certains articles, certains ouvrages, peut-être que l'Université de Limerick, elle y a accès et ça donne aussi accès à un réseau de chercheur et de recherche en fait qui est internationale.
Et comment je m'y suis prise pour trouver mon codirecteur ? Ça s’est fait par l'Alliance EMERGE. C'est une Alliance européenne d'universités qui sont dites à la marge, c'est-à-dire qui ne sont pas en position de capital dans leur pays, qui sont parfois un peu plus difficiles d'accès. On a pu entrer en contact avec des chercheurs d'autres universités, en l'occurrence l'Université de Limerick qui est coordinatrice de l'Alliance. En échangeant vraiment par mail au début quoi, un peu au hasard mais on est tombé sur quelqu'un qui était intéressé par mon projet. J'étudie des romans irlandais et l'un des auteurs de ces romans enseigne l'écriture créative à l'université de Limerick, donc c'était un très bon point de contact pour créer du lien avec des auteurs et un point d'attache dans une université irlandaise que ce soit Limerick ou une autre, c'est aussi le début de la création d'un lien avec d'autres universités. Ça veut dire que j'ai d'autres auteurs qui enseignent dans d'autres universités irlandaises et donc la porte d'entrée est plus facile à trouver quand on a déjà un pied dedans.
Rennes 2, c'est une université qui est très ouverte sur les réseaux de recherche européens et de coopération européenne et ça facilite énormément le fait d'établir une codirection européenne. L'école doctorale est très au fait des démarches à suivre, elle nous accompagne énormément. Du début à la fin, j'ai été soutenu dans ma démarche.
En termes d'organisation de mon temps et de mes espaces de travail, la codirection, ça va permettre des mobilités en Irlande. Là dans quelques mois, je vais partir pendant deux semaines environ en Irlande entre Limerick et Galway pour assister à des événements littéraires et rencontrer mon codirecteur. Et en troisième année, ce qu'on envisage, c'est de séparer l'année en deux, de faire un semestre à Rennes 2 et un semestre en Irlande. J'ai la chance de bénéficier d'un contrat doctorat établissement. Ça veut dire que pendant 3 ans, je suis en contrat avec l'Université Rennes 2 qui finance ma thèse.
En termes de projet, pendant ma thèse, ça va être de réaliser ma thèse qui est déjà un gros projet en soi, je pense, de profiter des opportunités de mobilité. Je vais continuer à enseigner, je donne quelques cours en parallèle de la thèse. C'est un projet qui est aussi très sympa. Et puis pour après la thèse, je crois qu'on est beaucoup à rêver d'un poste à l'université, maître, maîtresse de conférence, mais on sait aussi tous et toutes à quel point c'est difficile. Donc on va continuer à rêver de ça pour l'instant.
Le grand défi pour moi, c'est d'arriver à une plus que bonne maîtrise. Plus que bonne ça existe ? Non, il faut que je commence.
Bonjour, je m'appelle Ruxandra Apetrei, je suis en thèse en cotutelle internationale entre l'Université de Bucarest et l'Université Rennes 2. Ma thèse porte sur les représentations de trois espaces médiévaux : l'enfer, le paradis et le purgatoire, dans un corpus de textes du 12ème et 13ème siècle de littérature française édifiante.
Pour moi, faire une thèse de doctorat est la dernière étape de l'apprentissage du français. Je travaille en Roumanie en tant que professeur de FLE (Français Langue Étrangère) et pour moi c'est très important de vraiment maîtriser le français et la culture française autant que possible. La Roumanie est un pays avec une riche tradition francophone. On étudie beaucoup le français. Le français est toujours la deuxième langue à ce que je sais d'étude en Roumanie. Ma mère a été prof en tant que prof de français. Donc voilà, j'ai été on va dire entourée par la culture française. Rennes est un des centres les plus importants pour les études médiévales en France et vu mon sujet de thèse, ce n'était que naturel que je m'oriente vers cette université.
Une thèse en cotutelle suppose le fait que l'étudiant, le doctorant, passe au moins une année dans le pays d'accueil. Donc moi, je vais passer une année en France sur les quatre années de de thèse. Ça c'est un élément assez important pour moi et une des raisons pour laquelle j'ai choisi ce type de thèse. Le doctorant a deux directeurs de thèse, chacun provenant des deux facultés qui signent la convention de cotutelle. C'est-à-dire mes travaux sont dirigés par les deux professeurs. Il y a des rapports, il y a des rencontres périodiques. Moi, j'ai eu beaucoup de chance dans le sens où les deux directrices de thèse se connaissaient déjà.
Cette thèse en cotutelle est l'occasion de me redécouvrir en tant que chercheuse européenne. Pourquoi pas ? Ça c'est une opportunité rare. C'est une période de grande ouverture intellectuelle, culturelle. Ça apporte de nouvelles idées, ça apporte des expériences nouvelles. La deuxième raison, serait liée à mon sujet de recherche qui porte sur un corpus très ancien du 12ème-13ème siècle. On est au début de la littérature française. Un des plus grands intérêts de ce séjour en France, c'est d'un côté avoir l'accès au livres, aux bibliothèques. Je n'aurai jamais pu trouver les livres à Bucarest.
Le gouvernement français offre des bourses aux étudiants étrangers. C'est une bourse qui couvre tous les frais pour des longs stages, des stages prolongés en France. J'ai eu cette bourse suite à une évaluation de mon projet de doctorat et de mon activité précédente. Un grand merci à toutes les dames très gentilles qui font partie du personnel administratif, qui ont fait je crois tout leur mieux pour que mon arrivée se passe très très bien et très facilement. Je me sens très bien dans tout ce contexte de la thèse en cotutelle. Je me sens extrêmement bien à Rennes sur tous les points de vue.
Je vais soutenir ma thèse à Rennes pour que le défi soit le plus grand que possible. Et à la fin de mes études, je serai diplômée de l'Université Rennes 2 et de l'Université de Bucarest donc j'aurai deux diplômes différents.
Je m'appelle Anna De Rosa et je suis docteure de recherche en langues, littératures et cultures romanes.
Mon doctorat a été un pont entre la France et l'Italie. On imagine souvent le doctorant seul devant ces livres. Mon quotidien a été tout autre. Il s'est passé entre deux pays, deux langues et deux cultures universitaires. J'ai préparé mon projet de thèse durant une période Erasmus Plus que j'ai effectué au CELLAM, le centre des langues et littératures anciennes et modernes à Rennes 2, laboratoire de recherche dans lequel ma thèse a été ensuite rattachée une fois la cotutelle officiellement établie. L'œuvre que j'ai étudiée, commentée et dont j'établis l'édition critique, constitue un exemple situé au croisement de plusieurs contextes européens. Imprimée en 1548 à Lyon, elle est en lien avec les milieux de l'édition vénitienne. J'ai ainsi pu approfondir les liens culturels, intellectuels et éditoriaux qui unissent la France et l'Italie au milieu du 16ème siècle.
Plusieurs raisons m'ont motivées à poursuivre une thèse. D'abord, un profond intérêt pour la recherche et le désir d'approfondir un sujet qui me passionnait et passionne encore d'ailleurs. J'avais envie de développer une pensée critique, de contribuer à la production des connaissances et de participer activement au débat scientifique dans mon domaine. La thèse a représenté pour moi un défi personnel et professionnel important. Elle m'a permis d'acquérir des compétences avancées en recherche, en gestion de projets et en communication scientifique. Mes recherches se sont ainsi déroulées dans les archives et les bibliothèques à Lyon, Paris, Tours et Rennes, ainsi qu'en Italie dans des villes comme Venise, Rome, Florence et Milan, ce qui dessine un espace de recherche pleinement européen. Mes fréquents séjours en Italie et en France m'ont permis de tisser des liens scientifiques avec des collègues et des spécialistes du domaine et donc de publier dans des revues scientifiques italiennes, françaises et suisses tout en participant à des colloques dans des différents pays de l'Union Européenne.
La soutenance a été un moment d'aboutissement intense et particulièrement gratifiant. Elle s'est déroulée en Italie à l'Université de Salerne. Concernant la langue, l'exercice a été véritablement plurilingue. Le label du doctorat européen est une reconnaissance complémentaire qui s'est ajoutée à mes diplômes nationaux des doctorats. Il vise à certifier la dimension européenne de mon projet de recherche. Pour l'obtenir, j'ai dû remplir quatre critères précis. J'ai dû effectuer un séjour de recherche d'au moins trois mois dans un autre pays européen et donc je me suis déplacée entre l'Italie et la France ; obtenir les rapports de thèse de deux professeurs issus des deux établissements européens ; inclure au moins un membre d'un autre pays européen dans mon jury et enfin soutenir une partie de ma thèse dans une langue officielle de l'Union Européenne, autre que celle du pays de soutenance.
Ce label apporte avant toute une reconnaissance officielle de la mobilité et de l'ouverture internationale de mes recherches à l'échelle européenne. Pour moi donc il atteste que mes recherches ont été validées par des experts de plusieurs pays européens. Il constitue ainsi un atout important pour les collaborations internationales futures et les opportunités de financement post-doctoral tout en renforçant la visibilité de mon profil académique en Europe. Le jury de soutenance après délibération a signé une attestation complémentaire pour m'attribuer ce label.