L’Université Rennes 2, c’est bien plus qu’un lieu d’études. Dans chaque épisode de Plus qu’une fac, un ou une étudiante de Rennes 2 se confie sur ses choix, ses rencontres, ses peurs, ses envies… Sur ce moment de vie crucial où l’on commence à devenir soi-même. Formation, logement, engagement associatif et politique, etc. sont autant de thèmes abordés par le prisme de l’intime.
Dans cet épisode, c’est Yaya qui se raconte. Originaire de Fatick au Sénégal et passionné d’actualité, il est venu ici se former à la sociologie et est aujourd'hui en doctorat. C'est une histoire de cultures au pluriel, dans Plus qu’une fac.
Musique du générique
Voix off : Yaya est originaire de Fatick au Sénégal. Passionné d’actualité, il est venu ici se former à la sociologie et nourrir ses grandes ambitions. C'est une histoire de cultures au pluriel, tout de suite, dans Plus qu'une fac.
Fin de la musique du générique
Je me rappelle quand j'étais jeune, je regardais beaucoup le Tour de France, j'aimais beaucoup Alberto Contador et puis Christopher Fromm, c'est des gens qui ont gagné le Tour de France à plusieurs reprises, je regardais beaucoup ça. Et puis voilà, football et vélo. J'aimais beaucoup le vélo. Le foot a toujours été ma passion, même si je n'ai jamais été un joueur, j'ai toujours trouvé que c'est de l'art, et puis voilà, la manière dont les gens jouent, comment on fait pour gagner un match, comment on se déplace sur le terrain, il y a beaucoup de choses que j'aime dans le football.
Il y a un nom qui me saute, c'est le capitaine de la Mannschaft, Michael Ballack, c'est un Allemand que j'aimais beaucoup, par sa personnalité, sa rigueur, son charisme sur le terrain. J'aime beaucoup l'équipe de France, j'ai beaucoup de joueurs là-bas, N'Golo Kanté, même s'il est venu récemment, c'est quelqu'un que j'aime. Dans l'équipe nationale du Sénégal, étant jeune, on aimait beaucoup aussi notre leader technique, El-Hadji Diouf, voilà en quelque sorte, mes idoles un peu dans le foot. Et puis quand on m’a dit de venir là-bas, la première chose à laquelle j’ai pensé c’est le stade rennais.
Moi, je suis né au Sénégal, mais plus précisément à Fatick, dans une région à 150 kilomètres de la capitale. C'est là-bas où je suis né, voilà, il y a 1996, le 18 janvier 1996. Fatick, c'est un endroit magnifique, que j'apprécie beaucoup, même si c'est pas dit que je suis né là-bas, je dois faire la promotion, mais j'apprécie beaucoup, c'est une belle ville. D'ailleurs, je rappelle que c'est la ville de l'ancien président du Sénégal, c'est lui-là qui vient de partir en 2024, monsieur Macky Sall, c'est une belle ville avec beaucoup d'intellectuels, et puis à côté, on a tout ce qu'il faut, il y a la mer, il y a un port à côté, il y a beaucoup de choses là-bas à Fatick, voilà. La ville est belle, les gens sont sympas, c'est comme à la campagne, voilà. Les gens sont beaucoup dans la solidarité, dans l'entraide, voilà, en quelque sorte d'où je viens, Fatick.
J’ai grandi dans ce milieu avec la famille, papa, maman, tata, et puis mes frères, les petits frères, d'autant plus que je suis l'aîné. C'est important quand on est aîné, même si tout n'est pas parfait, d'essayer d'être responsable parce que tu dois inspirer beaucoup de choses à tes frères. Il est important d'avoir de très bons comportements, d'être aussi dans la com, comme partout dans la société, d'être dans la com avec ses frères, discuter, échanger, puis conseiller. Une chose qui me tient, je me rappelle à l'université de Dakar, où il y a un professeur, c'était le jour de rentrée On nous dit qu'il faut savoir que l'esprit n'a de limites. Ne vous fixez pas de limites, allez-y au bout de vos rêves. C'est en quelque sorte ce que j'ai envie de dire, allez-y au bout de vos rêves, il n'y a pas d'hésitation, il faut y croire.
Virgule musicale
Là-bas, au Sénégal, nous avons deux grandes universités référencées. Après le bac, il faut faire une demande de candidature, j'ai candidaté, puis j'ai fait un examen d'éducation. J'ai été accepté dans l'une des universités, notamment celle-ci de Dakar. C'est comme ça que je suis arrivé à l'université, je pense en 2017. C'était la sociologie ou la communication. Moi, je voulais à la base faire la com aussi. J'ai toujours aimé aussi la télé, je voyais les gens parler, ça me plaisait beaucoup, comment ils parlaient, toutes ces choses-là. Et puis voilà, je voulais apprendre à parler, pouvoir être dans une salle, bien parler, être écouté. Moi aussi, ce sont ces choses-là qui m'intéressaient. Ils ont bien fait de m'orienter en sociologie, parce qu'en sociologie, j'apprends beaucoup de choses, déjà par rapport à l'homme, et puis après, voilà, j'essaie de me perfectionner par rapport à la com.
J'ai fait là-bas trois ans. À ma deuxième année, je voulais venir. Mais bon, là, j'ai été très sage, j'ai écouté. Ma maman m'a conseillé d'attendre, d'avoir la licence. C'est comme quoi, il est toujours bon d'écouter le conseil des parents. Moi, lorsque ma maman m'a conseillé, j'ai posé tout à dos. J'ai dit non, OK, je vais attendre d'avoir la licence. J'ai fini la licence. Il y a un grand projet qui est là-bas, qui vient d'arriver, et puis qui octroie trois bourses au département de sociologie. À la base, le projet, on devait faire en ce jour un séjour à Rennes 2 pour six mois. Et puis c'est comme ça que je suis venu.
J'imaginais déjà des belles choses par rapport à la France avant de venir. Parce que comme je vous l’ai expliqué, j'aime beaucoup les médias aussi. J'aime beaucoup la com, l'actualité française. J'étais très intéressé. C'est comme si j'étais... En quelque sorte, je ne regardais que ça. Je ne regardais que ça. Et puis ça m'a permis de connaître la France. J'ai toujours admiré ce pays, même si je ne connaissais pas en profondeur, et même jusque là, là, là, là, je ne connais même pas encore en profondeur la géographie française. C'est juste que j’essaie d’apprendre petit à petit, voilà, parce qu'il y a beaucoup d'espèces suicidées. Avant de venir ici, je me disais que déjà c'est un bon pays, voilà, il y a des gens sympas, voilà. Peut-être que ça va être cool quoi, d'aller là-bas.
Je pense que le cours c'était sur le bâtiment A, amphi A3 je pense, quelque chose comme ça, oui. Je viens, tac, voilà, c'est le jour de rentrer, voilà, on est avec, voilà, je quitte la résidence. Comme j'étais juste à côté, je sors, je marche, j'essaye de demander, j'arrive au niveau du bâtiment A3, je rentre, je me pose derrière, il y a, je trouve là-bas, bon, c'est vrai qu'ils étaient nombreux, mais il y a juste un étudiant qui était à côté, il s'appelait Jean-Pierre, c'est lui qui m'a beaucoup aidé, voilà, mais en vrai, la première journée ça s'est bien passé, je dirais même la première semaine. C'est vrai que c'était un peu chargé, en termes de travail, parce que voilà, comme on veut juste commencer, mais ça n'empêche qu'on était entrés dans la chose à 100 à l'heure, à part donc l’année chargée, je trouve que tout s'est bien passé. J'ai eu certaines facilités, et ça aussi, c'est pas parce que nous, il faut savoir qu'il y a cette démarche un peu religieuse, voilà, parce que moi, je pense que j'ai eu la bénédiction du bon Dieu, ça m'a beaucoup facilité, j'ai eu beaucoup de facilités, même par rapport à certaines difficultés. C'est vrai que quand on vient d'arriver, quand on change de culture, il y a souvent un temps d'adaptation, d'intégration, mais moi, franchement, ça s'est bien passé, super vite même. Et puis, je me rappelle même, cette année, j'ai été délégué de ma promo. Pour vous dire que je me suis intégré, et puis voilà, c'est toujours l'occasion de rendre à des camarades de promo, des hommages appuyés, des gens très sympas, notamment, je peux citer juste deux noms, si vous me permettez, il y a Louison Glaguin et Océane Lebois. à côté des autres amis, c'est des gens, des Françaises, qui m'ont beaucoup facilité l'intégration, et puis voilà, ça m'a donné confiance, et puis c'est de là que j'avais candidaté pour être délégué.
Peut-être, ce qui m'avait le plus marqué, c'est un peu la froideur, parce que comme je disais là-bas, on est très dans le relationnel au Sénégal, on était dans la discussion, mais bon, ici, voilà, des fois, la personne, peut-être, elle a envie de parler avec toi, d'aimer, elle a pas envie de parler avec toi, peut-être ces choses-là qui passaient pas, et puis des fois, il nous dit bonjour, des fois, il nous dit pas bonjour, mais du point de vue culturel, pédagogique, voilà, c'était super bien, je, franchement, j'ai pas eu de difficultés, et surtout aussi, ça s'explique par le fait, quand je suis venu dans le cadre du projet Managlobal, j'étais boursier. Quand on vient et que le souci financier est réglé, et que la question du logement est réglée, ça veut dire qu'on a plus de stabilité, ce qui m'a permis même de me concentrer. Je pense que si je suis même en thèse là, c'est en grande partie à cause de ça. À la différence de beaucoup de frères ou de sœurs, c'est quand ils arrivent, ils ont beau avoir les compétences, mais il y a la démarche financière et le logement qui fait que souvent c'est très complexe. Mais moi, j'arrive, tac, on me donne un logement, on me paye une bourse, franchement, c'était facile, je devais juste me concentrer sur les études. Voilà, en quelque sorte, tout ça, c'est ce qui a expliqué que j'ai eu le temps de bien travailler, par rapport à mes deux années de master, qui explique que là, je suis en thèse.
Virgule musicale
C'est une thèse en cotutelle avec un professeur ici et un professeur là-bas. Je voulais étudier un sujet sénégalais parce que je vois qu'il y a beaucoup de défis, il y a beaucoup sur les questions environnementales, voilà, agricoles, toutes ces questions-là. Ça, je tenais beaucoup à ces questions. D'autant plus même que mon master, j'étais ici, mais j'étudiais un sujet sénégalais, notamment sur la question de l'emploi, un peu des jeunes. C'est un sujet très, très, très, très sensible au Sénégal.
Au Sénégal, il y a deux types, il y a l'agriculture traditionnelle, à côté aussi, il y a les exploitants. Parce qu'avec le phénomène de la mondialisation, il y a eu beaucoup d'agro-business, c'est-à-dire ces grandes implantations qui sont implantées dans certaines régions et qui essaient de travailler uniquement à des fins économiques, qui ne se soucient de rien, qui, en quelque sorte, tuent un peu l'économie solidaire autour du village, autour de la commune. Parce que souvent, ce sont des exploitants qui exportent tous leurs produits vers l'Europe, parce que ce sont des grands groupes, ils ont tous les moyens, ils viennent, ils s'implantent. Voilà, tout est un peu en quelque sorte problématique avec les populations. Parce que souvent, tu te rends compte que les populations ne sont pas impliquées dans leur processus d'implantation, et ça crée souvent beaucoup de tensions. Et puis ça, c'est un premier problème. Mais après, le deuxième problème, c'est au niveau des spéculations cultivées, c'est-à-dire les populations avec les moyens maigres qu'ils ont, supposons une culture de l'oignon. Bon, l'oignon ne serait pas de très bonne qualité, comparé à l'exploitant, à l'agro-business qui lui, il a tellement de ressources, de matériel, il va cultiver un oignon de qualité. Et puis après, sachant qu'il a cultivé à peu près 20 hectares, il peut se permettre de vendre à un prix très bas. Mais le cultivateur qui a juste là-bas quelques hectares, il ne peut pas se permettre, voilà. Il y a beaucoup de questions autour de ça. C'est-à-dire de la relâchement entre ces petits exploitants que j'appelle les paysans et ces agro-business.
À quoi je pense, mes perspectives professionnelles, c'est deux choses. Première chose, c'est embrasser l'enseignement universitaire. Deuxième chose, c'est faire le concours de l'ENA. J'ai toujours eu cette ambition de travailler pour l'État, voilà, l'université dans un premier temps et puis l'ENA dans un deuxième temps. Tout dépendra de la thèse après, quand j'aurai fini. Je dirais à 70 %, 75 %, j'ai cette envie de retourner au Sénégal parce que participer au développement de mon pays, parce que je pense que c'est à nous de participer au développement du pays. C'est vrai que j'aime beaucoup la France. Ils m'ont bien accueilli. J'aime beaucoup, beaucoup. Mais voilà, je préfère aussi y retourner. Néanmoins je pourrais participer à des activités ici en France. Je sens qu'on a plus besoin de moi au Sénégal, d'autant plus qu'on fait face à beaucoup de défis socio-économiques. Toutes ces choses-là font que j'ai envie, après la thèse, de retourner là-bas.
Musique du générique
Voix off : Plus qu'une fac, c'est un podcast de l'Université Rennes 2 réalisé par le service communication. Abonnez-vous pour ne pas manquer le prochain épisode, dans lequel vous retrouverez Yaya pour nous parler de ce que c'est de s’adapter à une vie à 5000 kilomètres de chez soi.