Date de publication
28 septembre 2026
modifié le

Pinar Selek reçoit le titre de Docteure Honoris Causa

L’Université Rennes 2 a décerné, le 25 septembre 2026, cette prestigieuse distinction à la sociologue militante éco-féministe et antimilitariste, figure emblématique de la liberté académique.

Vincent Gouëset et Pinar Selek montrant son diplôme au public

Après Martha Rosler et Denis Mukwege en 2022, l’Université Rennes 2 a décidé d’honorer la sociologue militante Pinar Selek en lui conférant le titre de Docteure honoris causa, le vendredi 25 septembre 2026, lors d’une cérémonie officielle. Une distinction qui, pour le Président Vincent Gouëset, “vient saluer [son] engagement, [sa] ténacité, [sa] rigueur dans la conduite de [ses] recherches, [sa] défense sans faille de la liberté académique”. C’est au son mélancolique du duduk, flûte traditionnelle arménienne, et avec des lectures d’extraits d’ouvrages de Pinar Selek en français, turc, kurde et arménien, que la cérémonie s’est ouverte. 

À travers le féminisme, l’antimilitarisme, la défense des droits des personnes LGBTQIA+ (pour ne citer que ces exemples), Pinar Selek a toujours refusé que la recherche se taise, là où il faut parler.

 

Auteur de la citation
Vincent Gouëset
Fonction de l'auteur
Président de l’Université Rennes 2

Dans son éloge, Fanny Jedlicki, maîtresse de conférences en sociologie à l’Université Rennes 2 et co-présidente de l’association des sociologues de l’enseignement supérieur (ASES), a salué “la liberté de pensée” de Pinar Selek, qui “se dérobe à toute tentative d’enfermement y compris dans les mots d’un discours”, et “son exceptionnelle oeuvre scientifique et littéraire [...], plus de 30 ans d’un impressionnant travail [...] qui s’est heurté à la violence politique [...] mais ne s’y est jamais réduit.” C’est autant dans le choix de se pencher sur le vécu des personnes minorées, que dans sa posture scientifique “refusant d’adopter le point de vue dominant” et son souhait de rendre accessible ses recherches à toutes et tous, directement sur le terrain, que Pinar Selek a mis en oeuvre une sociologie politique engagée. 

Nous qui avons à la fois des intelligences, des fragilités, des vulnérabilités, nous mutualisons nos savoirs, nos expériences, nos compétences, et nous construisons ainsi en toute autonomie notre devenir scientifique.

 

Auteur de la citation
Pinar Selek
Fonction de l'auteur
Sociologue et militante

Émue, Pinar Selek a ensuite pris la parole pour raconter son cheminement intellectuel : “Chaque détour ouvre un apprentissage, [...] l’épreuve force l’ouverture et révolutionne la façon d’être au monde.” Elle a évoqué les “territoires sans frontières” qui lui sont chers et “les seuils, ces lieux privilégiés de la production scientifique”, fondements d’une “sociologie nomade” et “l’un des antidotes à la rhinocérite” d’Eugène Ionesco, synonyme de fanatisme totalitaire. C’est par un sourire plein d’espoir qu’elle a conclu son discours, affirmant que “la lutte continue”.

Pinar Selek lors d'une table ronde
Légende

La cérémonie a été précédée le matin d'un temps d'échange sur l'ouvrage de Pinar Selek, Lever la tête : la recherche interdite sur la résistance kurde (2026) et d'une table ronde sur les libertés académiques. 

Biographie de Pinar Selek

Née en 1971 à Istanbul, Pinar Selek construit sa vie, ses engagements et ses recherches autour de l’adage "la pratique est la base de la théorie".

À la fin des années 1990, Pinar Selek entame son enquête sur la question kurde et effectue plusieurs voyages au Kurdistan, en France et en Allemagne, pour réaliser une soixantaine d’entretiens destinés à alimenter un projet d’histoire orale. Le 11 juillet 1998, elle est arrêtée par la police d’Istanbul et torturée pour la forcer à donner les noms des personnes qu’elle a interviewées. Elle résiste et une nouvelle forme de torture est alors utilisée : elle est accusée d’être responsable d’un accident maquillé en attentat. Les deux ans et demi passés en prison ne sont que le début d’un acharnement politico-judiciaire qui continue encore aujourd'hui*.

Pinar Selek poursuit son engagement et son activité exceptionnelle d’écrivaine et chercheuse, malgré la torture psychologique que représente cet acharnement contre elle et ses proches. Elle vit en exil en France depuis 2011, où elle est maîtresse de conférences à l’URMIS de l’Université Côte d’Azur. Sept de ses livres, ainsi que de nombreux articles, ont été publiés en français. En janvier 2026, Pinar Selek a soutenu son HDR, intitulée Vers une sociologie nomade - A partir des seuils : recherche et devenir. Elle y reprend la nécessité de faire appel, douloureusement, à sa mémoire corporelle pour raviver et analyser le terrain mené auprès des populations kurdes, dont les notes ont été confisquées puis détruites pendant sa détention. Son dernier livre, Lever la tête : La recherche interdite sur la résistance kurde, paru en février 2026, témoigne de cette recherche confisquée et en fait un acte de résistance intellectuelle et de création.

*Une nouvelle audience du procès en cours devait avoir lieu le 18 septembre 2026 à Istanbul et a été une neuvième fois reportée au 5 février 2027. Malgré quatre acquittements, la procédure est toujours en cours et les audiences s'enchaînent depuis 28 ans.

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