Date de publication
13 avril 2026
modifié le

Bérénice Briand, Marius Vialette, Valentine Valluet et Albine Voisin-Villeger, lauréates et lauréats du concours "Faites court" #27

Le service culturel de l’Université Rennes 2 a lancé cette année son concours d’écriture de formes courtes sur le thème : "Mes forêts sont de longues tiges d'histoire", issu d'un titre d'un poème d'Hélène Dorion tiré du recueil Mes forêts, 2021. Découvrez l’interview des lauréates et lauréats de cette 27e édition. 

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ? Quel est votre parcours ?

Bérénice Briand. Je me suis tournée vers la littérature, avant de m'intéresser aux sciences sociales puis de me former en économie sociale et solidaire. Entre temps, j'ai pris une année de césure pour faire un service civique et m'investir dans plusieurs associations. Parallèlement à ça, j'aime écrire des poèmes depuis que je suis petite et faire le lien avec le monde qui m'entoure.

Marius Vialatte. Je suis actuellement en première année de master Arts du spectacle, en études théâtrales, en recherche. Avant ça, j’ai fait une licence Arts du spectacle.

Valentine Valluet. Je suis étudiante en première année de master Recherche anglophone, et surtout une passionnée de littérature. Férue de langues depuis le lycée, j’ai eu l’occasion de m’intéresser à des autrices et auteurs francophones mais aussi anglophones et hispanophones. J’ai ensuite été en CPGE (Classes préparatoires aux grandes écoles), et la prépa a été pour moi aussi stimulante qu’accaparante. J’ai beaucoup appris, et créé, parfois même au détriment de ma santé. Mon arrivée à Rennes et le master ont donc été ma première occasion de ralentir, et de partager mes écrits.

Albine Voisin. Je suis ingénieure de formation, pour les trois masters Communication, au sein de l’UFR d’Arts, Lettres et Communication. Juriste de formation, en droit public et européen, j’ai travaillé dans l’environnement des collectivités locales, avant de me repositionner professionnellement en communication et marketing territorial, notamment en obtenant le master Information Communication à l’Université Rennes 2 à 47 ans ! J’y ai assumé une première vacation en 2017, puis été recrutée comme enseignante-chercheuse associée en 2020. J’ai finalement basculé à temps plein en 2023, dans le cadre d’une mission dédiée principalement à la formation alternée, pour la valoriser, animer le réseau des partenaires et assurer un soutien administratif et pédagogique.

Quel est votre rapport à la lecture et à la littérature ?

B. B. Je lisais beaucoup de romans enfant, j'étais très souvent dans la lune et j'aimais écrire mes pensées ou des bouts de phrases que je trouvais jolies. J'ai fait des études en classe préparatoire littéraire. Cela m'a beaucoup intéressée mais j'en suis aussi sortie très marquée et critique de ce système. Le classicisme et son élitisme est devenue un espace rebutant pour moi. Plus tard je me suis approchée à nouveau de la lecture de la poésie. Aujourd'hui, je lis malgré le manque de temps et de motivation, et j'adore ça.

M. V. Je lisais beaucoup plus quand j’étais enfant, surtout de la fiction et de la poésie. Aujourd’hui, ma lecture est davantage théorique, liée à mes études, donc la lecture de loisirs prend un peu moins de place. Mais j’ai commencé très tôt et j’ai toujours aimé lire, et c’est encore le cas aujourd’hui.

V. V. La littérature est pour moi une fenêtre vers l’autre, vers son monde, réel ou imaginaire. Elle est partout, partage d’une individualité comme source d’inspiration. Je ne me rappelle pas d’un jour où je n’ai pas analysé dans les mots de ceux qui m’entourent, comme autant d'auteurices, ce qui tenait de l’expression et ce qui, malgré eux parfois, se rapportait plus à de la poésie.

A. V. N’ayant pas eu de télévision chez moi jusqu’à l’âge de 15 ans, j’ai toujours lu énormément ; une habitude, un réflexe d’avoir le plus souvent un livre dans mon sac. Et ma famille paternelle compte parmi ses aïeux des éditeurs, imprimeurs d’écrivains, cela fait partie de mon environnement. Les livres sont pour moi un espace d’ailleurs, sans voyager physiquement, qui respecte l’imagination du lecteur.

Pratiquez-vous l'écriture régulièrement ? Si oui, sous quelle(s) forme(s) ?

B. B. L'écriture poétique est très présente dans ma vie. J'écris quand j'ai besoin de chercher la justesse de mes pensées et émotions, quand j'ai besoin de la poser, de l'inventer, ou simplement quand j'en ai envie. J'aime écrire avec la contrainte de la métrique, des rimes, parce que cela me dirige dans la création. Il y a toujours une signification et une beauté qui transparaissent. 

M. V. J’ai vraiment commencé à écrire à l’adolescence. Mon écriture a beaucoup évolué : au début, j’écrivais surtout de la poésie. Aujourd’hui, j’écris plutôt du théâtre, et aussi des paroles de chansons. J’ai l’impression d’arriver à une forme de maturité dans mon écriture, même s’il reste encore des réflexes un peu naïfs sur lesquels je dois travailler. La plupart de mes textes sont pensés pour être joués, avec toute la dimension du jeu que ça implique.

V. V. J’écris sans cesse, que ce soit sur un brouillon que je ne relirai jamais ou dans un fichier numérique. C’est une manière de transformer mes pensées, sur des expériences personnelles ou sur l’actualité, en mots plus faciles à digérer comme pour les assimiler sans qu’ils ne soient plus réellement miens. Quant à la forme, j’écris de tout, de la prose, des vers, de la poésie comme du théâtre ou des nouvelles.

A. V. Mon métier, la communication, ainsi que la sphère publique m’ont amenée à la pratiquer naturellement, et cela a constitué dès le départ une motivation pour me repositionner dans ce secteur. J’ai commencé par écrire des nouvelles ; en 2019, un long voyage en Afrique, m’a donné envie d’écrire des contes inspirés de la faune sauvage de Namibie, et de me lancer dans un projet de livre, sur lequel je travaille régulièrement.

Avez-vous déjà partagé vos écrits quelque part ou avec d’autres?

B. B. J'ai longtemps eu une pratique très solitaire de l'écriture : c'était une pratique d'extériorisation et d'auto-satisfaction. J'ai aussi partagé quelques poésies sur des forums d'écriture, avec d'autres personnes, on progressait ensemble. En grandissant, j'ai ouvert une petite porte de ce jardin secret et il m'arrive fréquemment d'offrir des poèmes à mon entourage. Aujourd'hui, la poésie est un outil qui me sert à la fois à m'exprimer et à tisser des liens. 

M. V. Dans le cadre de mes études j’ai écrit et présenté des scènes. Il y a quelques années, un de mes textes a été montré à Toulouse. Cette année, j’ai écrit pour la première fois une pièce, Ne pas sombrer, qui a été jouée au Festival de l’Arène Théâtre le 25 mars 2025, et qui sera rejouée le 15 mai 2026 à 18h à l’ADEC. C’est la présentation la plus importante de mon travail jusqu’à présent, et aussi le projet le plus abouti. C’est toujours un plaisir immense de voir et d’entendre son texte joué.

V. V. En prépa, je n’avais que quelques proches comme lectrices et lecteurs. L’une de mes meilleures amies m’a poussée à proposer l’une de mes pièces, suite à un appel à texte de la troupe de théâtre de l’ASCREB. C’est ainsi que le projet Âme en Songe est né, une pièce qui sera jouée les 15, 29 et 30 mai 2026 à Rennes. En participant au concours d’écriture "Faites Court", c’est la première fois que je saute le pas de soumettre un de mes textes à un jury.

A. V. Je participe à des concours d’écriture : l’un de mes contes a été édité, je partage les autres sous forme d’apéros ou cafés contés, et l’une de mes nouvelles a été publiée.

Recueil concours d'écriture "Faites court ! " 2026
Légende

Recueil concours d'écriture "Faites court ! " 2026.

Y a-t-il un livre / texte coup de cœur ou une lecture récente que vous aimeriez nous recommander ?

B. B. J'ai très envie de faire découvrir la poésie de Douce Dibondo à celles et ceux qui ne la connaissent pas. Les thèmes abordés, la façon de jouer avec les mots, de découper les vers, l'esthétique visuelle, me parlent beaucoup. Je pense à son recueil Infra/seum (une poésie fâchée avec tout le monde), qui traite des rapports de domination, des violences structurelles, du racisme et de la colère. C'est un texte qui interpelle, qui questionne et qui met les points sur les "i".

M. V.  C'est un texte qu’on m’a offert à Noël : Isis de Nawal El Saadawi. Je ne connaissais pas cette autrice et j’ai beaucoup aimé. C’est une pièce librement inspirée de la mythologie égyptienne, autour de la figure d’Isis, qui aborde notamment les figures féminines et leurs enjeux politiques.

V. V. Je recommanderais bien Waiting for my Clothes de Leanne O’Sullivan et les poèmes d’Emily Dickinson. Chaque quatrain est comme une nouvelle, et ses poèmes contemplatifs comme engagés. Je trouve que c’est une figure captivante, une femme qui par soucis que l’on ne dénature son travail a choisi de ne jamais le publier de son vivant, laissant des rivières de vers, parfois même sans titres.

A. V. Le Monde d’hier, souvenir d’un Européen de Stefan Sweig, l’un de mes auteurs préférés. Ce texte écrit en 1941 est d’une actualité troublante et d’une acuité vibrante. Il fait écho aux bouleversements des civilisations, et donne à comprendre l’Europe d’aujourd’hui, en décrivant avec émotion les hommes, les paysages et la culture d’hier.

Le thème de cette année était : "Mes forêts sont de longues tiges d'histoire", issu d'un titre d'un poème d'Hélène Dorion. Qu’est-ce que cette phrase a éveillé en vous ? 

B. B. J'y ai vu une polarité entre les forêts et les histoires: entre la nature et la culture, le monde matériel et le sens qu'on lui donne, l'écologie et la psychologie, l'ailleurs et le soi. Il me semblait assez incontournable d'aborder les crises environnementales et les crises individuelles comme une paire indissociable. Quand je me promène en forêt, je me perds entre ces divagations grinçantes et la méditation contemplative qui me fait respirer. J'avais envie de traduire cette ambiguïté, ce chevauchement. Les "forêts", c'est la densité des émotions, la pluralité des histoires, et leur fluidité.

M. V. J’ai entendu parler du concours pendant le festival Transversales, sur le thème "Forêt Forêt Forêt". À ce moment-là, j’avais envie de développer la figure du loup dans un texte, issue d’une discussion avec un artiste. Ce n’était pas lié au concours au départ, mais j’ai ensuite vu que ça pouvait faire écho. Le texte était déjà en train de se construire, donc ça s’est rejoint naturellement.

V. V. À sa lecture, cette phrase m’a évoqué l’idée d’une correspondance entre l’arbre et l’humain, comme si chaque strie/cercle dans le tronc de l’arbre était une page de l’histoire d’un peuple indigène symbolisé par sa forêt. Je me suis documentée sur les arbres. Pour moi, les forêts de la citation ne pouvaient être seulement européennes, j’ai cherché à inclure des arbres desquels je serais moins familière, et tisser un lien entre les livres d’histoire et la dendrochronologie [méthode scientifique permettant de dater des pièces de bois en comptant et en analysant la morphologie des anneaux de croissance des arbres, NDLR], personnifier mes arbres pour dénoncer des sujets de société et jouer sur l’idée que l’homme est comme un arbre qui brulerait ou couperait sa propre forêt.

A. V. J’ai eu du mal à savoir comment j’allais réussir à écrire quelque chose sur ce thème, j’ai même pensé ne pas réussir à participer ; puis au travers d’un séjour à Gdansk, cela m’est apparu comme une évidence, faire le lien avec l’un des thèmes de mon projet de livre, la couleur orange, et son incarnation dans une résine végétale, l’ambre, mes origines allemandes, la Forêt noire de mon enfance …

Quels conseils donneriez-vous à celles et ceux qui hésitent à se lancer dans l’écriture ou à participer à un concours ?

B. B. Je dirais que c'est toujours bénéfique de se prêter au jeu si ça reste une partie de plaisir.

M. V. Des conseils un peu évidents : on s’en fiche si ce n’est pas bien, il faut se lancer. Mais je pense aussi qu’il est important de garder une vue critique sur ce qu’on fait, de toujours revenir sur ses textes. Un texte n’est jamais vraiment fini, même quand on n’y touche plus. Le travail de réflexion, lui, continue. Donc oui, au-delà des banalités : il faut se lancer, et tant pis !

V. V. Vous n'avez rien à perdre. Il faut remettre une cartouche dans le stylo et accepter les ratures. J’ai commencé à écrire, par nécessité et non parce que je me sentais légitime. Dans le cadre d’un concours anonyme, il n’y a rien à craindre. Les inquiétudes principales lorsque l’on fait découvrir ses écrits sont, souvent, la peur du jugement et de la vulnérabilité. Je trouve que c’est surtout une bonne raison de choisir où et quand les partager, plutôt que de ne pas le faire.

A. V. Prendre une feuille, y déposer les mots qui viennent à l’esprit, et ensuite essayer de les relier les uns aux autres. Et oser ; il se dégage toujours des concours d’écriture une énergie collective qui donne la force et l’envie de continuer !

Retrouvez les textes primés dans le recueil disponible en version numérique.

La remise des prix de la 27e édition du concours d’écriture "Faites court !" s’est tenue dans le cadre des JACES (Journées Arts & Culture dans l’Enseignement Supérieur) 2026. À cette occasion, Elsa Amsallem, metteuse en scène et comédienne, marraine de cette édition a proposé une lecture des textes lauréats.

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