Lundi 2 février

Soutenance d'Habilitation à diriger des recherches de monsieur Pierre Bonny

La soutenance d'Habilitation à diriger des recherches de monsieur Pierre Bonny se tiendra le lundi 2 février, à 14h00, dans la salle L201 de l'Université Rennes 2.

Contenu sous forme de paragraphes

Monsieur Pierre Bonny présente ses travaux en vue de l'obtention du diplôme d'Habilitation à diriger des recherches en Psychologie sous la direction de monsieur Michel Grollier, professeur émérite de psychopathologie clinique à l'Université Rennes 2.

Titre des travaux:

Risque, sexuation, parole

Résumé:

Les problématiques contemporaines en psychopathologie clinique sont liées à la montée en puissance des logiques de santé publique, de l’évaluation standardisée et des dispositifs de prévention. Qu’il s’agisse des conduites sexuelles, des usages de substances, des interventions médicales sur le corps et des différents types de décisions cliniques, les psychologues sont de plus en plus amenés à analyser des situations dans lesquelles la souffrance psychique est surtout abordée à partir de catégories populationnelles, de facteurs de risque et de protocoles prédictifs. Ces évolutions ont pour une part permis des avancées indéniables, notamment en matière de réduction des risques et d’accès aux soins. Elles révèlent toutefois des limites évidentes, comme le manifestent le décalage entre les recommandations de santé publique et les conduites subjectives, ainsi que les effets paradoxaux produits par des dispositifs pourtant conçus pour réduire voire annuler les risques.

C’est à partir de ces points de butée que s’est constitué mon champ de recherche en psychologie, psychopathologie et clinique psychanalytique. Il vise à interroger les conditions dans lesquelles les pratiques contemporaines en santé publique, médecine ou dans le champ psychothérapeutique, rencontrent leurs propres impasses, et à dégager les apports spécifiques d’une clinique orientée par le sujet.

Les travaux présentés dans ce document d’Habilitation à Diriger des Recherches s’organisent ainsi autour de trois axes convergents : 1) l’abord du risque comme modalité d’engagement subjectif, à travers notamment le déplacement du risque de VIH vers le risque de chemsex ; 2) l’analyse de la sexuation et de ses manifestations actuelles, incluant le déplacement de la problématique fétichiste vers la problématique addictive ; 3) le repérage des modalités de mobilisation de la parole face aux impasses du thérapeutique, à partir des décompensations post-opératoires et post-psychothérapies. De manière transversale, ce travail interroge les cadres conceptuels, les nomenclatures diagnostiques et classificatoires et les paradigmes qui les sous-tendent, en particulier dans les champs de la sexualité et de l’identité, à partir des coordonnées contemporaines du malaise dans la civilisation. Une attention particulière est également portée à la méthodologie de recherche fondée sur l’entretien et le transfert, ainsi qu’à l’applicabilité des résultats pour la formalisation raisonnée du travail clinique en institution de soins.

Sur les objets et les problématiques étudiées, l’objectif a été d’affiner la lisibilité des processus psychiques en articulant plusieurs niveaux d’asymétrie : entre conscient et inconscient, entre sujet et cohorte, entre patient et psychologue, mais aussi entre approches continentales et états-uniennes de la vie psychique. Les effets produits par ces différents niveaux d’asymétrie sont souvent inattendus, parfois créatifs, et analysés ici comme nécessairement symptomatiques. Le présent document d’Habilitation à Diriger des Recherches consiste à en proposer une lecture à la fois fonctionnelle et précise, afin de situer le paradigme psychanalytique comme un outil central d’orientation clinique, opérant pour le travail au cas par cas comme dans le cadre des équipes pluridisciplinaires, en particulier dans le champ des problématiques médicales.

Un enjeu central des années à venir consistera probablement à mieux analyser les effets subjectifs différés des dispositifs contemporains de soin et de prévention. Face à la pluralité des contextes cliniques et à l’irréductibilité de la singularité, il n’apparaît ni possible ni souhaitable d’espérer des réponses totalement unifiées ou des modèles généraux, notamment dans le champ des prises de risque liées à la sexualité (et plus largement dans les problématiques humaines de souffrance). Le développement de travaux cliniques, qui puissent tenir compte des différentes formes de division subjective en réponse aux contextes sanitaires actuels, constitue en revanche une condition essentielle pour éviter les simplifications réductrices et les réponses autoritaires. L’étude des objets précités, la synthèse proposée dans ce document d’Habilitation et les perspectives qui s’en dégagent visent à apporter une contribution en ce sens.


La soutenance est publique.

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