Madame Camille Veit présente ses travaux en vue de l'obtention du diplôme d'Habilitation à diriger des recherches en Psychologie sous la direction de monsieur Alain Abelhauser, professeur émérite de Psychopathologie clinique à l'Université Rennes 2.
Titre des travaux:
Sous les pavés : le dire? L’inconscient dans la cité.
Résumé:
Être au plus près du « dire » dans le monde tel qu’il va et ne va pas : n’est-ce pas là l’un des enjeux de notre temps ? Envisager l’énonciation au-delà du divan est non seulement souhaitable, mais nécessaire. À ce titre, les situations cliniques où le sujet éprouve le « défaut du langage » engagent la recherche à poursuivre et à ouvrir des dialogues féconds entre psychanalyse, phénoménologie, philosophie politique, épistémologie et histoire de la médecine.
Quatre régions sont ainsi explorées dans nos travaux :
1/ Enfermés dehors ou la « santé mentale » de la cité. Incidences cliniques des « pratiques discursives » en psychiatrie. Ce chapitre approfondit l’histoire de l’antipsychiatrie anglaise et ses retombées sur le paysage intellectuel français. Il spécifie également ses frontières et points de rencontres avec d’autres expériences critiques du champ asilaire, à l’instar de la Psichiatria Democratica italienne et de la psychothérapie institutionnelle française. En contrepoint, le paradigme de la santé mentale est abordé depuis son terreau nord-américain (Hygiène mentale, Empowerment, Self-help, Peer support) jusqu’à son importation dans l’hexagone, dans un contexte d’avènement d’un usager auto-entrepreneur de sa santé, chevillé à une gouvernementalité néolibérale (Foucault) et à une logique capitaliste (Lacan).
2/ Les aurores souterraines de la crise. À travers les âges, le « discours médical » (Clavreul, Raimbault) a toujours été en peine face aux retours du réel : de l’ « attaque hystérique » décrite par Charcot à l’usager contemporain dit résistant au traitement. Or, dans l’histoire des sciences, c’est précisément de la faille du savoir qu’allait naître une hypothèse inédite, celle du symptôme comme dire. Cette seconde partie s’arrête à diverses figures de « crise » telles qu’elles se manifestent lorsqu’un événement vient « fendre la continuité des jours » (Maldiney). Considérer la crise comme « dire » conduit à l’hypothèse de sa fonction possible, tant pour le sujet que pour l’institution qui l’accueille…ou non.
3/ Soigner (à) l’hôpital. Topos de l’accueil. Les dispositifs de soin et d’accompagnement ne peuvent se faire lieu d’adresse qu’à condition de développer un appareil critique des discours qui les orientent. Soigner l’hôpital et ses entours est ici posé comme préalable à toute pratique susceptible d’accueillir les solutions qu’un sujet met en œuvre pour traiter le réel qu’il rencontre. Cet axe prend principalement appui sur l’actualité de la psychothérapie institutionnelle afin de penser les conditions de l’hospitalité, dans le contexte présent de crise de l’hôpital public.
4/ Des rades de l’Autre aux pavés du « dire ». L’inconscient, non-dupe. Ce quatrième chapitre se présente comme contribution à la clinique du groupe et aux figures de l’investissement transférentiel, dans le travail avec la rue et celles et ceux qui y circulent ou l’habitent. Les notions d’énonciation et d’adresse sont discutées dans leurs extensions nécessaires à la « fonction soignante » (Tosquelles) de la cité. Revenant aux mouvements d’illusion créatrice et de rêverie (Winnicott) sans doute nécessaires à toute démarche alternative, nous montrons combien prendre en compte le transfert, l’inconscient, la pulsion et la répétition permet au « groupe » de ne pas s’enkyster dans une logique d’ « idéal » (Freud) ou de « plus-de-jouir communautaire » (Lacan). Ceci pour tendre davantage vers un tissage de « collectifs » (Oury) à même de supporter – sans les recouvrir ou les faire taire – les moments de destructivité, les solutions précaires et les inventions singulières de chacun. Enfin, ces travaux esquissent une lecture différentielle des fonctions subjectives de l’itinérance, de la transgression et de la fabrique de l’habiter, sous le toit de l’Autre… ou dans ses marges.
La soutenance est publique.