« Jamais il ne fait nuit dans son empire ». Philippe II est à la tête de territoires dont on peut « faire le tour du monde avec le soleil » et « toutes les demi-heures et sans interruption se célèbre une messe dans son empire ». La puissante image de Tommaso Campanella d’un empire qui suit la course du soleil d’est en ouest consacre le projet universel d’un empire chrétien. Toutefois la réalité du terrain nous éloigne de ce bel emblème, car le soleil se couche quelque part à l’extrême occident de la Monarchie catholique : aux Philippines dont la conquête a débuté en 1565 sous le commandement d’un notable de Mexico d’origine basque, Miguel López de Legazpi.
Là, avec la présence musulmane à Mindanao, Brunei, Jolo et aux Moluques, on renoue avec les automatismes de la croisade. Là, on s’attend à rencontrer des « gens policés et riches, où il y a de grands princes ». Là, on pense évangéliser la Chine, une affaire « de la plus grande importance qui se soit présentée jusqu’à présent depuis [la venue] des apôtres là-bas ». Là, on pense s’enrichir par le commerce du « gingembre, de la cannelle, de l’or en poudre (…) et de nombreuses babioles ».
Cette conférence réfléchira à la volonté de puissance hispanique en Asie et les difficiles réalités du terrain qui mettent aux prises quelques centaines d’Espagnols face à des immensités océaniques et une série de puissances régionales asiatiques (Chine, Japon, Brunei, Cambodge, etc.).
Le Cours public 2024
Le thème du cours public 2024 est « Les moyens de la puissance »
Coordination Patrick Harismendy
Comment évaluer historiquement une « puissance » et accessoirement une grande puissance ? Par le simple décompte démographique préjugeant de forces humaines et matérielles mobilisables qu’exprimeraient PIB et PNB aujourd’hui ? encore faut-il intégrer au dénombrement les composantes technologiques (y compris dans les organisations), idéologiques, sociologiques et économiques (incluant la monnaie) en plus des capacités stratégiques. Se surajoute l’image, au sens large, vectrice de propagande comme les déclinaisons du « pouvoir doux » à fondement linguistique et culturel générateur de zones d’influence, donc facilitant le cadre d’alliances et de jeux en coulisses ?
Mais si chaque époque ou État présente des spécificités, les historiens renouvellent les perspectives à la faveur de transferts conceptuels, du recours à des archives parfois difficiles d’accès ou par la dilatation des temporalités et des espaces d’analyse. Et à la convergence du Militaire et du Politique, pas toujours d’accord entre eux derrière les recherches de gloire ou de grandeur, l’espace public doit en principe discuter des choix faits au nom de sécurités à géométries variables… autant que peuvent être fragiles des certitudes, des avantages, des fidélités ou des allégeances, sans même parler de supériorités théoriques infirmées par les faits ou l’usure des temps.